Le président iranien Hassan Rohani a effectué une visite de trois jours en Irak, malgré l’hostilité des États-Unis qui cherchent à isoler l’Iran. L’Irak tente un difficile équilibre entre les Américains et leur voisin chiite.

Le Président iranien Hassan Rohani est allé prier sur la tombe de l’imam Ali, premier imam de la branche chiite de l’islam, dans la ville sainte du chiisme, Najaf, en Irak. Il a effectué une visite de trois jours en Irak.
Le Président iranien Hassan Rohani est allé prier sur la tombe de l’imam Ali, premier imam de la branche chiite de l’islam, dans la ville sainte du chiisme, Najaf, en Irak. Il a effectué une visite de trois jours en Irak. © AFP / Haidar HAMDANI / AFP

A première vue, il s’agit d’une simple visite de bon voisinage. Mais à y regarder de plus près, la visite de trois jours du président iranien Hassan Rohani en Irak constitue un événement considérable.
 

Il suffit de se souvenir que l’Iran est la cible d’une campagne virulente des États-Unis, tandis que l’Irak abrite toujours quelque 5 200 soldats américains, auxquels Donald Trump a rendu visite il y a moins de deux mois. Le président américain avait alors déclaré que ces troupes se trouvaient en Irak pour surveiller l’Iran, ce qui avait provoqué un tollé à Bagdad. La réponse est venue cette semaine, avec cette visite en grande pompe du président iranien.
 

Mieux encore, les États-Unis ont imposé de nouvelles sanctions contre l’Iran; et pourtant l’Irak continue d’importer d’Iran de grandes quantités de gaz naturel, permettant à Téhéran de ne pas être totalement asphyxié.
 

Un officiel iranien a même déclaré que l’Irak était pour l’Iran un moyen de contourner les sanctions américaines, et que les échanges entre les deux voisins -autrefois ennemis- allaient connaître un grand développement.
 

Cette visite en dit plus sur l’Irak que sur l’Iran. Souvenez-vous, c’est en 2003 que l’invasion américaine a renversé le régime de Saddam Hussein, plongeant le pays dans un sanglant chaos. Y compris avec la création du califat autoproclamé de Daech.
 

Cette longue période d’instabilité a produit une recomposition politique en Irak, en particulier au sein de la majorité chiite qui tient les rouages du pouvoir. Les élections de l’an dernier ont une nouvelle fois changé la donne, pas nécessairement dans le sens voulu à Washington.
 

Le résultat est une sorte de partage d’influence entre les États-Unis, qui forment et encadrent l’armée nationale, et l’Iran, qui contrôle les principales milices chiites, dont les effectifs sont équivalents à ceux de l’armée. C’est d’autant plus surprenant que Donald Trump a donné un coup d’arrêt à la détente avec l’Iran, et pensait être suivi par l’Irak.

Les États-Unis ne doivent pas apprécier cette visite, mais ils n’ont guère de choix que de s’appuyer sur cet Irak renaissant, qui a de nouveau l’apparence d’un État stable dans une région en crise. Mais ça en dit long sur les faiblesses de cette stratégie américaine d’encerclement de l’Iran, qui se heurte ici à une forte résistance.

Les Américains ont sous-estimé la manière dont l’Iran a su faire prospérer son influence en Irak. D’autant qu’il existe des liens majeurs entre les deux pays, illustrés par la visite historique hier du Président iranien au grand ayatollah Ali al-Sistani, la plus haute autorité de la majorité des chiites d'Irak !

Cette évolution montre à quel point les lignes ont bougé dans cette région, en dehors du contrôle des grandes puissances, depuis l’intervention américaine de 2003 qui restera la plus grande erreur stratégique des États-Unis depuis la fin de la guerre froide.

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