Dans le virage, le moteur s’emballe. Les Américains viennent de prendre un tournant. C’est le bon. Ils ont compris, et le disent, qu’ils devaient passer au plus vite les commandes de l’Irak aux Irakiens, ne plus être en situation d’être tenus pour responsables de tout ce qui arrive et n’arrive pas dans ce pays, mais cette lucidité est si tardive et soudaine qu’elle ne fait pour l’heure qu’accroître encore la confusion. Elle ne fait, pour l’heure, qu’ajouter un chaos politique au chaos militaire car les Etats-Unis ne savent pas comment négocier leur virage. Au moment même où ils expliquaient, à juste titre, que la sécurité intérieure de l’Irak doit devenir l’affaire des Irakiens eux-mêmes, les Américains bombardaient, hier, Bagdad, une ville qu’ils sont censés contrôler depuis six mois. On comprend bien l’idée. Il ne faut pas, se dit-on à Washington, que la réévaluation de la situation puisse être interprétée comme un aveu de faiblesse. C’est parce qu’on s’apprête à faire le dos rond, qu’il faut montrer ses muscles. Oui… Bien sûr, sauf que le message envoyé n’est pas celui qui est reçu. Ce que l’on entend dans cette opération « marteau d’acier », c’est que la guerre reprend, continue, qu’elle n’a, en fait, jamais été gagnée par les Américains. C’est « marteau fou » qu’il aurait fallu dire, « marteau » tout court, car ce n’est évidemment pas là le meilleur moyen de se montrer fort et, moins encore, de mettre en place cette administration provisoire irakienne que la Maison-Blanche appelle de ses vœux sans avoir encore décidé comment la créer. Election d’une Constituante comme l’exigent les chiites parce qu’ils constituent 60% de la population et pourraient donc prendre en mains cette assemblée ? Désignation d’une assemblée consultative, comme le propose la France, en plaidant que cela répondrait mieux à l’urgence de la situation et permettrait d’assurer une représentation égalitaire des trois composantes de l’Irak, kurde, sunnite et chiite ? D’autres formules intermédiaires ? On hésite à Washington. On ne s’y décide pas et ce flottement affaiblit les Etats-Unis. Après avoir perdu, mercredi, 18 soldats de son contingent irakien, l’Italie veut maintenant que le retour à la souveraineté irakienne se fasse au plus vite. Le gouvernement de Silvio Berlusconi le demande publiquement aux Américains, les somme d’agir en ce sens, et l’opposition italienne somme, elle, Silvio Berlusconi de demander à l’Union européenne d’œuvrer en faveur d’une gestion immédiate de la crise par les Nations-Unies. L’un des trois plus fidèles alliés européens de Georges Bush est dans la tourmente, à cause de lui, et la Grande-Bretagne, parallèlement, cache de plus en plus mal son embarras. Tony Blair ne veut pas se démarquer des Etats-Unis mais son gouvernement est de plus en plus proche des positions françaises et voudrait en réalité, comme l’a souhaité hier Dominique de Villepin, qu’on distingue le processus long, celui de la Constitution et des élections, du processus d’urgence, une autorité provisoire irakienne prenant immédiatement les choses en mains avec l’appui du Conseil de sécurité. Jamais la confusion irakienne n’aura été aussi grande – ce qui ne signifie pas qu’elle ne le sera pas, demain, plus encore.

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