Il devient difficile d’ouvrir un journal, français ou étranger, sans y lire que ce qui fut vrai ne pourrait plus l’être. La France, dit-on, ne peut plus vouloir assimiler ses étrangers, les rendre, comme elle l’avait toujours fait, semblables au reste de ses citoyens, car les vagues d’immigration, d’abord, seraient devenues trop massives et que l’évolution des moyens de communication, ensuite, avion, téléphone, télévision, permettraient aujourd’hui aux nouveaux Français de beaucoup plus facilement garder qu’auparavant le contact avec leurs pays d’origine, l’empreinte, en conséquence, d’une culture propre. Ce sont des faits, dit-on mais ces faits sont-ils aussi indiscutables et déterminants que cela ? Car, enfin, il faut avoir singulièrement peu de mémoire pour oublier ce que fut l’importance, au seul siècle dernier, des vagues d’immigration russes, arméniennes, italiennes, polonaises et juives d’Europe centrale entre les deux guerres, espagnoles et portugaises après guerre. En proportion de la population française à ces différentes époques, ces vagues étaient-elles tellement moins fortes que celles, maghrébines et africaines, qui ont suivi la décolonisation ? C’est loin d’être sûr et il faut ignorer, en second lieu, ce qu’étaient les liens, linguistiques et associatifs, de ces précédentes immigrations pour croire que le développement des moyens de communication auraient à ce point changé les choses. Elles sont beaucoup plus comparables qu’on ne le dit mais, au-delà même de ces considérations, que signifie cette assimilation qui est effectivement la marque de l’intégration à la française ? Elle n’a jamais signifié que tout le monde devenait devenir identique pour la bonne raison que tout le monde, immigré de fraîche date ou pas, ne l’est pas en France. Les protestants ne sont pas des catholiques. Les Juifs venus d’Algérie ont peu de points communs avec ceux du Comtat venaissin et les différences régionales ont leur poids que l’on retrouve à chaque élection. L’idée de l’assimilation n’est pas de couler tout le monde dans le même moule (lequel d’ailleurs ?) mais de faire de chacun un citoyen, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs, un citoyen adhérant aux règles communes de la République et totalement libre d’être ou rester ce qu’il souhaite dans la sphère privée. Ce type d’intégration connaît aujourd’hui de sérieux échecs mais, outre qu’ils ne devraient pas faire oublier ses réussites, moins spectaculaires mais autrement plus grandes, quelle est l’autre option ? Le multiculturalisme, répond-on. Sans parler des Etats-Unis, c’est le choix de la Grande-Bretagne qui a opté pour le développement séparé des communautés au nom d’un « respect » qui cache mal le rejet de l’autre mais ce choix y est désormais très discuté car l’on se condamne alors à l’apartheid, à des coexistences qui ne créent pas de tissu commun. Si l’intégration à la française est en difficultés c’est parce que l’école et les systèmes de formation sont en crise et que le chômage, surtout, crée une exclusion dont les enfants d’immigrés sont les premières mais certainement pas les seules victimes. Il ne faut pas tout mélanger. L’impératif est de remettre en marche l’économie française, pas d’importer le développement séparé au nom de cultures qui ne sont pas celles d’enfants nés en France.

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