Plus proche allié des Etats-Unis, Tony Blair vient de leur proposer, hier, une stratégie de sortie de la crise irakienne. Il faut, leur a-t-il dans un discours prononcé à Londres, une « stratégie globale au Proche-Orient », « commencer, a-t-il expliqué, avec Israël et la Palestine car c’est le cœur du problème », « faire, ensuite, des progrès au Liban » et n’aborder qu’alors la question de l’Iran avec lequel, a-t-il poursuivi, un « nouveau partenariat est possible » si ce pays fait « un choix clair : aider le processus de paix au Proche-Orient, arrêter d’aider le terrorisme au Liban et en Irak et respecter ses obligations internationales » - sous entendu sur le dossier nucléaire. Dans le cas contraire, a-t-il ajouté, l’Iran « fera face à son isolement ». Contrairement à ce qu’annonçait la presse britannique, Tony Blair s’est ainsi montré particulièrement ferme face au régime iranien. Cela ne peut que réjouir Georges Bush qui, rejetant implicitement toutes les idées, démocrates et républicaines, d’ouverture d’un dialogue rapide avec Téhéran, avait pratiquement employé, quelques heures plus tôt, les mêmes mots en lançant aux Iraniens : « Si vous choisissez de continuer, vous vous retrouverez isolés ». Alors ? Bush et Blair, sur la même ligne, comme toujours ? C’est ce qu’on pourrait comprendre à trop vite lire mais le Premier ministre britannique vient en fait d’appeler le Président américain à rompre avec sa passivité sur le conflit israélo-palestinien, à engager les Etats-Unis dans une relance du processus de paix – à radicalement changer, en d’autres termes, de politique. Ce qu’il lui a dit c’est qu’on ne pouvait pas résoudre la crise irakienne sans s’attaquer à l’ensemble des problèmes régionaux, qu’il fallait commencer par le plus passionnel d’entre eux, la Palestine, enchaîner sur le Liban - c’est-à-dire parler avec la Syrie dont les intérêts « ne sont pas identiques, a-t-il dit, à ceux de l’Iran » - et n’aborder l’Iran, donc l’Irak, qu’une fois le terrain déminé. On est, en fait, loin de la pente naturelle de Georges Bush qui est ainsi sommé d’en revenir à la politique de ses deux prédécesseurs, son père qui avait imposé la Conférence de Madrid et Bill Clinton, surtout, qui avait été à deux doigts de faire accepter, à Taba, un plan de paix qui reste, jusqu’aujourd’hui, la trame de tout règlement à venir. Ce que vient de dire Tony Blair, c’est qu’il faut d’abord ôter à l’Iran les crise dont il se nourrit, la Palestine, puis l’allié, la Syrie, sur lequel il s’appuie au Liban comme en Irak et chercher alors un partenariat avec Téhéran, non pas vouloir le renversement de ce régime mais lui proposer, dans une situation apaisée, un compromis historique qu’il n’aurait plus les moyens de refuser et auquel tout le monde aurait intérêt. La feuille de route est claire, rationnelle, intelligente. Reste à savoir si Georges Bush en verra la pertinence.

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