Ce sera, décidément, un axe de sa diplomatie. Après avoir plaidé, la semaine dernière, devant le Congrès américain, la nécessité d’affirmer une Défense européenne, Nicolas Sarkozy est allé dire, hier, au Parlement européen que ce serait là une priorité de la présidence française de l’Union, au second semestre de l’année prochaine. « Comment l’Europe pourrait-elle être indépendante et avoir une influence politique dans le monde, si elle n’est pas elle-même capable d’assurer sa sécurité ? », a-t-il déclaré à Strasbourg avant d’ajouter : « Que signifie notre engagement européen si nous ne sommes pas capables de faire un effort pour la Défense de tous, de débattre de la construction d’une Défense européenne et de la rénovation de l’Alliance atlantique ? ». Dans la lignée du discours au Congrès, c’était un clair appel à transformer l’Otan en une alliance d’égaux, les Etats-Unis et l’Europe unie, une Europe pesant de son poids propre sur la scène internationale et acceptant, pour cela, de mettre en commun et augmenter ses moyens militaires. C’est l’Europe politique que Nicolas Sarkozy voudrait faire progresser par cette voie car dès lors que l’Union se doterait vraiment d’une défense commune, qu’elle aurait à la financer et la concevoir en commun, ce n’est pas seulement que son influence internationale en serait accrue, qu’elle deviendrait l’autre puissance occidentale, alliée mais égale des Etats-Unis. C’est aussi, surtout, qu’elle aurait à définir, par elle-même, sa place et ses ambitions dans le monde, des intérêts communs à défendre ensemble, bref une diplomatie commune, fondée sur des objectifs et des efforts communs. C’est un processus d’affirmation internationale que la France propose, là, à l’Europe et le pari fait par Nicolas Sarkozy est que le désarroi suscité aux Etats-Unis par la faillite de leur aventure irakienne, les difficultés économiques aussi qui les menacent, pourraient les conduire à ne plus faire obstacle à une défense européenne autonome, voire à la souhaiter, et que les plus atlantistes des Européens pourraient alors se rallier à ce projet. Ce pari n’est pas infondé, loin de là, et ce qui frappait, dans ce discours d’hier, c’est à quel point le chef de l’Etat inscrit cette défense européenne dans une volonté plus large de « protection » européenne – protection économique cette fois-ci dont le manque explique, selon lui, la « crise de défiance » vis-à-vis de l’Europe exprimée par les « non » français et néerlandais. Autant Nicolas Sarkozy est libéral sur la scène française, autant il est plutôt à gauche sur la scène européenne, plaidant la « préférence communautaire » contre les dumpings étrangers, une politique des changes et une politique industrielle, la défense des PME européennes et celle des agriculteurs, la nécessité de ne pas faire de la concurrence « une religion » mais « un moyen » et la responsabilisation politique de la Banque centrale. « Dans la démocratie européenne, dit-il, le mot protection ne doit pas être banni ».

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