Rien à en attendre d’immédiat, dit-on partout, mais ce n’est qu’une part de la vérité. Les vingt puissances économiques, le G-20, qui se retrouvent, ce soir, à Washington pour ce sommet consacré à la réforme du système monétaire et financier international, à « la refondation du capitalisme », dit Nicolas Sarkozy, ne prendront en effet pas de grandes décisions samedi. Au mieux, elles se mettront d’accord sur un agenda, sur une liste de dossiers à ouvrir, le rythme auquel les examiner et leur prochain rendez-vous, pour d’éventuelles décisions, « sous cent jours », souhaite la France. Ce ne sera que le début d'un processus, important mais complexe. Cela risque de décevoir d’autant plus que Georges Bush, l’hôte de cette réunion, n’est plus président des Etats-Unis qu’en titre, que ce qu’il dira ou ne dira pas n’aura pas grande importance et que l’unanimité, même de façade, sera difficile à atteindre mais l'évènement n'en est pas moins fondamental. Par son seul format, par la seule liste de ses participants, ce sommet va symboliquement dater l’absolu changement du paysage international, le bouleversement géopolitique, intervenu dans le dernier quart du siècle passé. Au lendemain de la guerre, l’économie mondiale, c’était les Occidentaux - un peu les Européens et, surtout, les Etats-Unis dont la deuxième conflit mondial avait fait, et de loin, le pays le plus riche du monde. Puis l’Europe s’était redressée, grâce à l’aide américaine, à la reconstruction et à des politiques fortement dirigistes. Devenu incontournable, le Japon s’était imposé dans ce club occidental. Il avait naturellement trouvé sa place dans le G-7, le Groupe des sept pays les plus industrialisés du monde, mais même alors, en 1975, l’économie des deux rives de l’Atlantique dominait encore le monde. C’est aujourd’hui fini. L’Union européenne et les Etats-Unis constituent toujours les deux ensembles les plus riches de la planète mais, face à la crise financière qui s’est propagée depuis Wall Street et à la récession qui s’ensuit partout, il n’est tout simplement plus possible d’ignorer le poids pris par d’autres pays et pas seulement l’Inde et la Chine. Un grand pays africain, l’Afrique du Sud, participera à ce sommet, aux côtés de trois pays musulmans (l’Indonésie, l’Arabie saoudite et la Turquie), de trois pays latino-américains (l’Argentine, le Brésil et le Mexique), de la Russie bien sûr, de la lointaine Australie ou encore de la Corée du Sud, petit dragon devenu grand et qui deviendra superpuissance le jour inéluctable, et tellement craint par la Chine, où elle se sera réunifiée avec la Corée du Nord. Non seulement il est déjà impossible de tenter de canaliser cette crise mondiale et de repenser le système économique sans ces pays qui ne comptaient pas hier mais il ne sera bientôt plus possible, non plus, de piloter le monde sans eux, d’inventer la stabilité de ce siècle sans trouver, avec eux, les équilibres de demain. Il y a plusieurs années qu’on le savait, qu’on le sentait, mais c’est maintenant avéré, dit, reconnu, et c’est toute l’importance immédiate de ce G-20.

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