C’est deux pas en avant, un pas en arrière. Samedi, la Ligue arabe, l’organisation de l’ensemble des pays arabes, décidait de suspendre la Syrie de ses rangs à compter du 16 novembre, de rencontrer sous trois jours tous les courants de l’opposition syrienne et, même, c’était le plus spectaculaire, de faire « appel aux Nations-Unies » si le régime de Bachar al-Assad persévérait, disait la résolution de la Ligue, dans « la violence et les assassinats ».

Barack Obama et les Européens ont aussitôt applaudi cette fermeté mais, vingt-quatre heures n’étaient pas passées que la Ligue rétropédalait en annonçant, pour ce même mercredi 16, à Rabat, une nouvelle réunion sur la Syrie, au niveau de ses ministres des Affaires étrangères cette fois-ci. La Ligue veut finalement donner au régime syrien une dernière chance de faire les gestes d’ouverture qu’elle lui demande. La Ligue a cédé aux instances de ceux de ses membres, l’Algérie notamment, qui trouvaient qu’elle était allée, samedi, trop loin, trop vite. Bachar al-Assad a ainsi 48 heures pour la convaincre de sa bonne volonté mais, quoi qu’il arrive, qu’il y parvienne ou pas, l’étau vient de se resserrer sur lui pour deux raisons.

La première est que la situation est bien trop volatile dans l’ensemble du monde arabe pour que ses gouvernements puissent continuer à fermer les yeux sur la barbarie d’une répression qui horrifie leurs populations. A continuer de rien faire pour arrêter ce massacre, ils auraient risqué d’en paraître complices, de se le voir reprocher dans leurs pays, de devoir bientôt faire face à des manifestations de solidarité avec les manifestants syriens, d’être eux-mêmes mis en cause par la rue et de laisser, de surcroît, à la seule Turquie le bénéfice politique de sa toujours plus ferme condamnation du régime syrien.

En adoptant leur résolution de samedi, les gouvernements arabes ont voulu se vacciner d’un coup contre ces cinq risques mais là n’était pas la seule raison de leur fermeté. Aux mains d’un courant du chiisme, les alaouites, le pouvoir syrien est le seul grand allié régional de l’Iran, pays chiite qui œuvre à se doter de l’arme nucléaire et dont les services secrets agitent toutes les minorités chiites du Proche-Orient. L’Iran et sa théocratie sont depuis trente ans le cauchemar des régimes arabes sunnites. Entre eux, il y a non seulement le conflit religieux entre les deux branches ennemies de l’islam mais aussi une rivalité pour le contrôle du Proche-Orient et, Arabie saoudite en tête, beaucoup des pays sunnites ont donc estimé qu’en affaiblissant le régime syrien ils affaibliraient du même coup le pouvoir iranien, déjà en butte à un rejet populaire, à ses divisons internes et aux sanctions économiques occidentales.

En visant la Syrie, les pays sunnites ont visé ce « croissant chiite » qu’elle constitue avec l’Iran et le Hezbollah libanais. C’est si vrai que, mis à part le Yémen dont le président fait également face à une insurrection populaire, les deux seuls pays à n’avoir pas donné leur voix à la résolution de samedi sont le Liban où le Hezbollah chiite pèse d’un poids déterminant et l’Irak dont la majorité chiite est au pouvoir. Une double bataille vient de s’engager au Proche-Orient et le pouvoir syrien aura grand mal à en sortir indemne.

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