La France tient, et au-delà, la promesse faite aux Syriens. Unissez-vous, leur avait dit François Hollande, il y a dix semaines, dotez-vous d’une seule et même organisation représentative de tout votre pays, regroupant toutes ses communautés et tous ses courants politiques, et alors, quand la France aura un interlocuteur, elle le reconnaîtra comme le gouvernement légitime de la Syrie.

La France avait été la première et, en fait, la seule à faire cette promesse. L’opposition syrienne l’a prise aux mots. Elle s’est attelée à cette tâche qui n’avait rien d’évident puisqu’il n’était pas facile de faire cohabiter chrétiens et sunnites, alaouites et kurdes, la gauche, les islamistes, les milieux d’affaires, l’émigration, les combattants de l’intérieur et l’arc-en-ciel intellectuel mais, au bout de bien des efforts, l’opposition y est parvenue.

Dimanche dernier, à Doha, capitale du Qatar, elle a formé une « Coalition nationale » coprésidée par un religieux modéré, une femme et un industriel, par trois personnalités unanimement respectées, et François Hollande a annoncé hier, promesse tenue, que « la France reconnaissait la coalition nationale comme la seule représentante du peuple syrien et, donc, comme le futur gouvernement provisoire de la Syrie démocratique ».

La veille, les Etats du Golfe avait fait de même. Les Etats-Unis attendent encore de voir si cette union arrivera vraiment à parler d’une seule voix et à s’imposer à tous les courants syriens mais la France a ouvert la voie. D’autres reconnaissances, y compris américaine, suivront maintenant. La France a d’ores et déjà changé la donne et le président de la République a choisi, dès hier, d’aller nettement plus loin qu’il ne s’y était engagé fin août.

Interrogé sur l’éventualité de livraisons d’armes à l’insurrection, il a répondu que « cette question sera nécessairement reposée, pas simplement à la France mais à tous les pays qui reconnaîtront ce gouvernement ».

En clair, la France y est désormais favorable pour deux raisons. La première est que légalement parlant, ces livraisons deviennent parfaitement justifiables pour les pays qui reconnaissent la Coalition comme le gouvernement légitime de la Syrie car elles ne constitueront plus une ingérence dans les affaires intérieures d’un pays souverain mais le simple fruit d’un accord bilatéral ou multilatéral entre gouvernements.

Il sera ainsi possible de contourner le blocage sino-russe au Conseil de sécurité sans fouler aux pieds la légalité internationale. Cela devrait se faire à bas bruit, sans tambours ni trompettes, mais se faire, et c’est politiquement heureux car l’attentisme des Occidentaux, ce soutien politique qu’ils accordaient à l’insurrection sans rien faire pour l’aider, était pain béni pour les djihadistes.

Vous voyez bien, disaient-ils, qu’on ne pas plus compter sur l’Europe que sur l’Amérique. Vous voyez bien, martelaient-ils, qu’elles ne sont qu’hypocrisie et cette situation menaçait d’affaiblir les modérés qui désormais pourront, au contraire, se revendiquer de leur alliance avec les démocraties. La France a joué, là, un rôle éminemment positif et l’étau se resserre sur le régime syrien.

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