La diplomatie française fêtait hier un anniversaire. Pour les 40 ans de son Centre d’analyse, de prévision et de stratégie, sa cellule chargée de penser les évolutions du monde loin des crises qui le secouent au jour le jour, elle avait donc organisé à la Bibliothèque nationale un séminaire sur la politique étrangère de la France.

Un sujet s’est vite imposé, l’Europe, sa nécessité, ses dysfonctionnements et le rejet croissant dont elle est l’objet mais, plus inattendue, l’autre vedette de ces débats a été… l’Amérique. Tout au long de la journée, en séance comme dans les couloirs, le retrait des Etats-Unis, leur « distanciation » a-t-on dit, a occupé les échanges de ces diplomates et spécialistes des relations internationales qui constataient tous que la première des puissances ne voulait plus être aujourd’hui le gendarme du monde, se tournait vers l’Asie pour y relever le défi chinois, s’éloignait de l’Europe et du Proche-Orient et ne voulait en tout cas plus engager ses forces armées dans des conflits lointains.

On sentait bien là que cette soudaine absence de l’Amérique vient poser autant de problèmes que son omniprésence d’hier et, signe des temps, c’est à cette nouveauté que le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a consacré la quasi-totalité de son intervention de clôture. Il n’a pas jugé, ni critiqué ni approuvé. Il a lui aussi constaté qu’après l’échec de leurs interventions en Irak et en Afghanistan, les Etats-Unis se retiraient aujourd’hui de la scène internationale, non pas complètement bien sûr puisqu’il n’y a pas d’isolationnisme possible dans un monde qui n’est plus qu’un mais désertaient bel et bien le poste de commandement qui leur était si longtemps revenu.

Le monde, a poursuivi Laurent Fabius, n’est pas multipolaire. Après avoir été bipolaire du temps de la Guerre froide puis unipolaire après l’effondrement soviétique, il est devenu, a-t-il dit « zéropolaire » ou apolaire, sans plus aucun pole d’organisation, « sans puissance pour imposer des solutions ». Toutes les conceptions des relations internationales sont ainsi à repenser mais que doit et peut faire une puissance comme la France dans un contexte aussi nouveau ?

Elle doit, répond le chef de la diplomatie française, continuer à prendre ses responsabilités, ne pas les récuser, porter son message et travailler, parallèlement, à la construction d’une gouvernance mondiale passant par la réforme des système multilatéraux et la réorientation et la relance de l’Union européenne. L’idée d’une Défens européenne, a-t-il noté au passage, est en train de progresser dans les capitales de l’Union.

La France, autrement dit, veut plus que jamais pousser l’idée d’une Europe puissance à même d’être un acteur de la scène internationale et, dans l’immédiat, elle souhaite tirer parti de la multiplication des acteurs de cette scène pour nouer de nouvelles alliances, notamment avec les émergents de moyenne taille. Tout cela était dit prudemment, par un homme qui pensait à haute voix. Le débat ne fait que s’ouvrir mais il est aussi complexe que fondamental.

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