Dans une série de tweets à son retour aux États-Unis, Donald Trump a lancé une attaque sans précédent contre Emmanuel Macron et la France, à la fois sur l'idée d'armée européenne, sur la faible popularité du Président français, sur les vins français...

Emmanuel Macron et Donald Trump, le 10 novembre à Paris, à la veille des cérémonies de la fin de la Première guerre mondiale.
Emmanuel Macron et Donald Trump, le 10 novembre à Paris, à la veille des cérémonies de la fin de la Première guerre mondiale. © AFP / SAUL LOEB / AFP

Vous vous souvenez des « Freedom Fries » ? C’est ainsi que le Congrès américain avait rebaptisé les frites -en anglais les « French Fries »-, lors du refus de la France, alors présidée par Jacques Chirac, de participer à l’invasion de l’Irak en 2003. Il ne faisait pas bon être Français aux États-Unis à cette époque.

La grande différence aujourd’hui, alors que Donald Trump critique violemment Emmanuel Macron, et la France, dans sa série de tweets d’hier, c’est qu’une bonne partie de l’Amérique ne le suit pas. Il n’y a pas, aux États-Unis aujourd’hui, le sentiment antifrançais qui existait effectivement en 2003. Au contraire, dans ce pays polarisé, une partie des Américains voit dans cette polémique le signe que leur Président se fâche inutilement avec un allié historique…

Donald Trump s’en moque : lorsqu’il tweete, il s’adresse d’abord et avant tout à sa base électorale, qui apprécie qu’il lui désigne des boucs émissaires, hier le Mexique, ou la Chine, ou la presse… aujourd’hui la France… demain il trouvera quelqu’un d’autre.

Pour comprendre cette colère, il faut reprendre le fil des dix-huit mois de relations entre Macron et Trump. Dès leur première rencontre, le Président français a tenté d’amadouer, voire même de séduire, son insaisissable homologue américain. On se souvient de la fameuse poignée de mains, du 14 juillet à Paris, et des gestes affectueux à Washington en avril dernier.

Cette approche douce a certes inscrit le Président français comme interlocuteur privilégié des États-Unis ; mais elle n’a produit aucun résultat. Trump a dénoncé l’Accord de Paris sur le climat, l’Accord nucléaire avec l’Iran, et traite moins bien ses alliés européens que le dictateur nord-coréen.

Dans le climat international plus tendu que nous traversons, non sans arrières pensées électorales non plus, à quelques mois des Européennes de mai prochain, Emmanuel Macron a décidé de parler plus fort. 

Donald Trump a choisi de sur-réagir à l’idée lancée par le Président français, la semaine dernière, d’une « armée européenne », faussement perçue comme dirigée contre l’Amérique ; mais sans doute a-t-il mal pris la dénonciation sans équivoque du nationalisme par son ami français le 11 novembre : or le Président américain venait justement de se vanter d’être un nationaliste, et a dû se sentir visé par la flèche d’Emmanuel Macron.

Donald Trump ne fonctionne pas comme tout le monde, c’est une évidence. Et il est probable qu’un tweet chasse l’autre, même si tout le monde a été surpris qu’il revienne sur l’armée européenne après son voyage à Paris et les explications qu’a dû lui apporter Emanuel Macron.

Ce qui est plus intéressant, c’est l’impact en Europe. Hier, dans son discours au Parlement européen, Angela Merkel a employé les mêmes mots qu’Emmanuel Macron pour demander une « vraie armée européenne », malgré toute l’ambiguïté de cette formule. Ce choix de mots n’était assurément pas le fruit du hasard.

Il y a trop d’intérêts entre la France, l’Europe, et les États-Unis, pour qu’une brouille via Twitter change la donne. Mais si l’Europe ne saisit pas ce moment pour penser son autonomie stratégique, et son avenir indépendamment de l’hôte de la Maison Blanche, quel qu’il soit, elle ratera une occasion historique, peut-être la dernière dans un monde en pleine recomposition.

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