Démissionnaire sous pression de l'armée après des élections contestées, l'ex-président bolivien est arrivé en exil au Mexique, laissant un pays face à ses divisions profondes. Celles-ci se retrouvent à l'échelle du continent, polarisé entre droite et gauche comme au temps des guerres idéologiques.

Le Président déchu de la Bolivie, Evo Morales, lors d’une conférence de presse, mercredi 13 novembre à Mexico City où il s’est exilé.
Le Président déchu de la Bolivie, Evo Morales, lors d’une conférence de presse, mercredi 13 novembre à Mexico City où il s’est exilé. © AFP / PEDRO PARDO / AFP

Evo Morales, le président déchu de la Bolivie, est donc arrivé en exil au Mexique, où le chef d’État, Andres Manuel Lopez Obrador, lui a offert l’asile. Il rejoint la longue liste des exilés dans l’histoire de ce pays, qui va de Léon Trotsky et des Républicains espagnols jusqu’aux victimes du McCarthysme aux États-Unis, ou aux réfugiés de la dictature de Pinochet.

Cette évocation d’un passé très idéologique n’est pas fortuite. Car le continent latino-américain se retrouve clivé selon une ligne de fracture qui semblait sinon disparue, au moins atténuée. 

Depuis l’annonce du départ d’Evo Morales, poussé à la démission par son armée, après des élections contestées, et remplacé hier à la tête du pays par une sénatrice de droite, Jeanine Áñez, l’Amérique latine est coupée en deux : Morales a reçu le soutien du Mexique, du Venezuela, de Cuba, du Président-élu péroniste en Argentine Alberto Fernandez, ou encore d’un homme à peine sorti de prison, Lula, l’ancien président brésilien. 

Un axe DES gauches latino-américaines qui n’ont pas toujours fait bon ménage lorsqu’elles dominaient la vie politique du continent jusqu’au début des années 2010, mais qui sont aujourd’hui sur la défensive.

Il y a en face un groupe de pays qui se sont réjoui du départ d’Evo Morales, pendant longtemps une des icônes de la gauche latino-américaine ; ces pays sont idéologiquement très marqués à droite, à commencer par le Brésil de Jaïr Bolsonaro ; un groupe soutenu par l’administration Trump aux États-Unis.

Ces pays sont ceux du « Groupe de Lima » que l’on avait retrouvé réuni au début de l’année lors de la tentative de coup de force contre le Président Nicolas Maduro au Venezuela. John Bolton, jusqu’à récemment Conseiller à la Sécurité nationale de Donald Trump, était à la manœuvre, et espérait un soulèvement de l’armée contre Maduro, un scénario qui rappelle ce qui vient de se produire en Bolivie.

La gauche latino-américaine est prompte à dénoncer le retour des coups de force militaires encouragés par Washington. Mais cette analyse fait peu de cas des responsabilités de ces régimes, comme le ravage économique et la dérive autoritaire du Venezuela, ou la tentative d’Evo Morales de s’accrocher au pouvoir au-delà des limites constitutionnelles, provoquant sa perte de popularité.

L’Amérique latine fonctionne par cycles politiques. Après la fin des dictatures militaires, il y a eu une « vague rose », avec, dans les années 2000, deux tiers de pouvoirs de gauche sur le continent. Ces dernières années, une vague de droite semblait s’imposer en retour, conduisant à cette polarisation.

Certains analystes font valoir que les tensions actuelles sont aussi liées à la fin d’un cycle économique, qui fait de l’Amérique latine le continent à la plus faible croissance dans le monde. Une explication des mouvements sociaux en cours contre les inégalités et la corruption, qui, du Chili à l’Équateur, traversent également le continent.

Evo Morales a incarné un moment de succès d’une gauche latino-américaine qui avait besoin de modèles positifs, et les résultats ont été un temps au rendez-vous. Mais sa chute est le révélateur de l’usure de ces modèles, et de l’époque de confusion que vit, aussi, l’Amérique latine.

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