L’attentat de Bali n’a pas été revendiqué, pas plus que ceux du 11 septembre, mais fallait-il qu’il le soit pour comprendre ? L’île de Bali, l’une des treize mille de cet archipel de l’Asie du Sud-Est qui constitue l’Indonésie, est l’une des destinations favorites des touristes australiens, européens et américains, un petit paradis désormais ensanglanté où se mêlent Islam et Occident, misère quotidienne et insouciance des vacances. Avec ses 210 millions d’habitants dont près de 90% de sunnites, l’Indonésie est en effet le plus peuplé des pays musulmans du monde, une ancienne colonie néerlandaise entrée, depuis quatre ans, dans la troisième et plus incertaine période de son histoire post-coloniale. De l’indépendance à 1965, il y eut d’abord, vingt années de tiers-mondisme, nationalisme et fortes poussées communistes, anarchie et régression économique, qui s’achevèrent dans un bain de sang militaire, 500 000 morts au moins, un massacre des militants communistes et de leurs sympathisants ou supposés tels dont la gauche indonésienne ne s’est jamais remise. Commence alors l’ère Suharto, du général Suharto, dictature soutenue par les Américains, brutale et corrompue, sous laquelle l’économie indonésienne se stabilise et décolle, absorbe un doublement de la population pour finalement tomber, en 1998, sous la pression de la rue, ouvrant la troisième période indonésienne, celle qui se cherche aujourd’hui. C’est la jeunesse, notamment étudiante, qui a renversé la dictature. En Indonésie, comme dans la plupart des pays émergents, comme dans la plupart, donc, des pays musulmans, les moins de trente ans constituent l’écrasante majorité de la population. Trente pour cent des Indonésiens ont même… moins de 14 ans. L’Indonésie est un pays bouillonnant, impatient mais que l’Histoire a privé de repères et de partis, d’élites politiques écoutées. Signe des temps, de cette quête d’une identité, c’est un musulman dévot qui reprend les rênes, en 1999, un modéré, tout sauf un islamiste mais tout aussi, sauf un politique. En deux ans, le Président Wahid est destitué par le Parlement et c’est une femme, la fille d’Ahmed Sökarno, le président des vingt premières années, de la période tiers-mondiste, qui préside aujourd’hui un pays incertain, fragile, sujet aux bouffées de violences et désormais travaillé par des mouvements islamistes radicaux rêvant d’unifier tout l’Islam du Sud-Est asiatique et de plus en plus proches des islamistes arabes. Alors, oui, le message de Bali est clair. Un , l'islamisme n'et pas qu'arabe. Deux, il vient de se livrer à une autre tentative de précipiter l’Islam et l’Occident dans un choc frontal, à une provocation qui suit l’attentat, dimanche dernier, contre le pétrolier français, le meurtre, trois jours plus tard, d’un soldat américain au Koweït et, beaucoup plus inquiétant encore, le résultat des élections pakistanaises de jeudi qui a vu une coalition islamiste, ouvertement favorable aux taliban, rafler 50 sièges au Parlement et priver de majorité le général Musharaff. Tout cela va évidemment renforcer la détermination américaine d’en finir avec Saddam. Tout cela pousse à tout confondre, à ne plus rien analyser ni comprendre - à courir à cette guerre que souhaitent les islamistes pour lever l’Islam contre l’Occident.

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