Que faire ? Que dire ? Que voter ? Dans les trente-six prochaines heures, au téléphone, d’homme à homme, Gerhard Schröder, Jacques Chirac et Vladimir Poutine vont beaucoup en débattre car le nouveau projet de résolution américain sur l’Irak les placent tous devant une difficile décision. Les Etats-Unis ont bougé. Le texte qu’ils font circuler depuis hier au Conseil de sécurité va, cette fois-ci, dans le sens souhaité par Berlin, Paris et Moscou. « Un pas dans la bonne direction », estime Joschka Fischer, le ministre allemand des Affaires étrangères. « Des progrès », avait aussitôt dit Dominique de Villepin et c’est également le sentiment de la diplomatie russe car, à petites touches mais nombreuses, ce projet fait monter en puissance le Conseil de gouvernement irakien en « l’invitant » à présenter au Conseil de sécurité de l’Onu, « pas plus tard que le 15décembre » prochain un calendrier d’adoption d’une nouvelle Constitution et d’organisation d’élections démocratiques. Jamais encore les Etats-Unis n’avaient accepté de redonner ainsi à des Irakiens un tel poids politique, en liaison avec l’ONU, qui plus est. Jamais ils n’avaient encore proposé de mettre un tel accent sur le retour à la souveraineté irakienne. Jamais, en un mot, le souci de prendre en compte les recommandations de la France, de l’Allemagne et de la Russie n’avait été si clair et ces trois pays peuvent d’autant moins ignorer cette évolution qu’elle est le fruit, immédiat et direct, d’un changement des rapports de force au sein de l’équipe Bush. Difficultés aidant, depuis la semaine dernière, la Maison-Blanche a en effet retiré la responsabilité de l’après-guerre irakien au Pentagone pour la confier à la conseillère de Georges Bush pour les affaires de sécurité nationale, Condoleeza Rice. Dans la pratique, cela signifie que Colin Powell et le département d’Etat, les diplomates, reprennent la main sur Donald Rumsfeld et le Département de la Défense, sur l’aile droite de l’équipe présidentielle. C’est un changement de donne, annoncé à l’avance par les Britanniques qui y ont œuvré. Alors question, dilemme pour Berlin, Paris et Moscou : faut-il conforter Colin Powell en votant ce projet de résolution qui est le sien alors même qu’il s’abstient, contrairement à ce que souhaiteraient les trois capitales, d’organiser un rapide transfert de souveraineté aux Irakiens ? Faut-il, en d’autres termes, donner la priorité au renversement du rapport de forces intérieur américain, une chose certainement essentielle, ou à la lisibilité de la position franco-germano-russe, une chose qui ne l’est pas moins si l’on considère que, sans ce transfert de souveraineté, la dégradation de la situation ne fera que continuer à s’accélérer ? La réponse n’est pas évidente. Il faut choisir entre deux dangers, l’affaiblissement de Colin Powell ou l’ambiguïté sur les solutions à trouver, et ce choix est d’autant plus délicat que la France, l’Allemagne et la Russie tiennent à rester unies dans cette crise. Jacques Chirac et Gerhard Schröder penchent pour l’abstention. Vladimir Poutine, on ne sait pas encore.

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