Les enjeux n’étaient pas les mêmes. Pour Georges Bush, il s’agissait, hier, de reprendre l’avantage, d’écraser son adversaire démocrate afin de sortir, à vingt jours maintenant de l’élection, du coude à coude dans lequel il se trouve depuis que John Kerry s’était imposé dans le premier de ces trois débats. Georges Bush n’y est pas parvenu. A aucun moment il n’a porté de vrai coup à son adversaire, ne l’a mis en difficulté, n’a eu l’une de ces répliques qui frappent, restent en mémoire et décident les indécis. Pour John Kerry, la tâche était nettement moins ardue. Il lui fallait seulement confirmer l’essai des premiers débats, se montrer, à nouveau, sûr de lui, tranquille, dominant ses dossiers - présidentiel, en un mot - et il a su, lui, y parvenir. C’est l’économie qui était au centre de ce dernier face-à-face. On parle chiffres et John Kerry les a en tête. Chômage, couverture sociale, nombre d’emplois perdus depuis l’élection de Georges Bush, il assène les statistiques, non seulement nationales mais aussi Etat par Etat, ciblant naturellement les « swing states », ces Etats balançant, disputés, dans lesquels aucun des deux partis n’a encore pris l’avantage et qui feront la majorité, le 2 novembre. C’est lui qui semble aux affaires, pas le Président sortant qui, devant ce tir nourri, s’essaie un instant à l’humour, pour reprendre son souffle. « Fiiiiou », laisse-t-il échapper, après une envolée de son adversaire, comme pour dire qu’il n’a pas en face de lui un homme mais un ordinateur, une tête d’œuf, mais cette ironie tombe à plat, devient en fait une sorte d’hommage au candidat démocrate car Georges Bush ne sait pas enchaîner sur l’argument qui tue mais semble, au contraire, avoir été vraiment décoiffé. Deux Amérique sont aux prises, étrangement semblables mais totalement différentes. L’une et l’autre sont incarnées par des hommes qui ont la fortune et les grandes universités en commun, deux hommes du haut de l’échelle sociale, nés avec une cuillère d’argent dans la bouche comme disent les Américains, mais représentant deux Amérique radicalement opposées. L’un et l’autre se prévalent de Dieu, insistent sur leur foi et l’importance qu’elle tient dans leur vie, rassurent ainsi un électorat pour lequel un homme sans religion est suspect d’amoralité mais tandis que Georges Bush parle de la force qu’il tire de la prière, de ce qu’il demande à Dieu, John Kerry insiste, lui, sur la justice sociale, sur les devoirs d’équité qu’impose le christianisme. Pour un Européen, ce flot de religion a quelque chose d’ahurissant. On ne verrait, en Europe, que des intégristes s’exprimer ainsi mais quand John Kerry dénonce sans cesse les faveurs dont Georges Bush a comblé les « millionnaires », quand il décrit l’autre Amérique, celle de la misère, et s’adresse directement aux « travailleurs », force est de constater qu’il n’y a plus, en Europe, que l’extrême-gauche pour parler ainsi. Il y a une gauche et une droite en Amérique, très différentes des nôtres mais, sans doute, bien plus opposées et, dans ce débat, ce n’est pas la droite qui a marqué des points. La bataille est plus que jamais ouverte.

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