Cinquante et un pour cent des Américains considèrent désormais que le renversement de Saddam Hussein ne valait pas cette guerre. Ils ne sont plus que 39% à avoir bonne opinion de Georges Bush et à souhaiter que les Républicains conservent le contrôle du Congrès et seuls 28% d’entre eux estiment que leur pays va dans la bonne direction. C’est une tendance lourde. Elle s’affirme de sondage en sondage et cela signifie que la Maison-Blanche doit impérativement rappeler avant l’été une part significative des troupes engagées en Irak. Georges Bush doit le faire avant d’y être contraint par l’élargissement d’un mouvement anti-guerre naissant et par la pression, surtout, des élus républicains qui craignent une veste aux élections parlementaires de novembre 2006. Toute la politique irakienne des Etats-Unis est désormais subordonnée à cette exigence mais, pour procéder à ce rappel de troupes, le Président américain doit pouvoir proclamer l’Irak en route vers la stabilité et la démocratie, la mission accomplie. Il doit pouvoir se retirer sur une victoire et non pas une défaite, après l’adoption, donc, demain, du projet de Constitution et les élections parlementaires qui devraient s’ensuivre en décembre. Le pourra-t-il ? La réponse est probablement oui. Rien n’est, bien sûr, certain mais il y a des chances que le oui l’emporte à ce référendum pour trois raisons. La première est que les Irakiens aspirent naturellement à la fin, à une limitation au moins, de la violence quotidienne dans laquelle ils vivent et que si l’adoption de cette Constitution ne leur garantirait rien, son rejet annoncerait en revanche une multiplication des attentats, enlèvements et crimes de masse. La deuxième raison pour laquelle un « oui » est probable est que les Kurdes et les chiites qui se sont entendus sur ce projet constituent les quatre cinquièmes de l’électorat, que les Kurdes voteront comme un seul homme un texte qui leur garantit l’autonomie de leurs régions et que l’écrasante majorité des chiites, 60% de la population, suivront leurs dirigeants qui se voient en situation de prendre les commandes du pays. La troisième raison est que les sunnites ne sont aujourd’hui plus aussi unanimes à rejeter ce projet. Leur front a éclaté car les Américains, inquiets qu’ils puissent tout bloquer, comme le permet la loi, en exprimant trois quarts de « non » dans trois de leurs régions, ont obtenu pour eux des concessions des Kurdes et des chiites. Le projet vient d’être modifié in extremis sur plusieurs points et le futur Parlement, surtout, celui qui sortirait des élections de décembre, pourra maintenant amender la Loi fondamentale soumise demain à référendum. Certains des partis sunnites appellent du coup à voter « oui », marquant ainsi une volonté – ce qui est encore plus important – d’entrer dans le jeu politique. Le scénario de sortie souhaité par Georges Bush n’est plus injouable mais que se passerait-il si les Etats-Unis pouvaient effectivement réduire leurs troupes au printemps ? Trois communautés aux intérêts divergents se retrouveraient alors face à face et rien n’annonce qu’elles sauraient trouver un équilibre. Ce moment est important mais, malheureusement pas, le dernier.

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