Et pendant ce temps, le monde continue de tourner. Ce n’est pas que la crise financière n’ait secoué que les places occidentales. Elle a, bien au contraire, touché les cinq continents. Ses répercussions seront mondiales et bien plus dures encore dans les pays les plus pauvres. La baisse des cours du pétrole et des matières premières qui s’est ensuivie ébranle les pays producteurs et, notamment, la Russie où l’argent panique tant que, là-bas, la Bourse continue de baisser. L’Occident n’est pas seul atteint par cette crise mais, pendant la crise, il se passe bien d’autres choses sur la surface du globe et, tout particulièrement, en Iran où la scène politique a rarement été aussi agitée qu’en ce moment. A Téhéran, donc, il s’est produit, hier, un événement important. Après dix jours de grève des bazars des grandes villes, de ces centres commerciaux dans lesquels continue de se faire une grande part de l’économie iranienne, le pouvoir a cédé devant un mouvement qui ne cessait de s’amplifier. Des assurances ont été données aux représentants des grandes corporations, marchands de ceci et de cela, qui s’étaient dressées en bloc contre une loi introduisant une TVA de 3%. Les rideaux s’étaient abaissés. Les bazars d’Ispahan, de Machad, de Tabriz et de Téhéran avaient carrément fermé leurs portes mais elles se sont rouvertes lundi, en milieu de matinée, après que promesse a été donnée que la nouvelle loi sur l’introduction de cette taxe à la valeur ajoutée serait abrogée. Le pouvoir, autrement dit, a pris peur car les marchands étaient déterminés à barrer la route à cette taxe sur les ventes qui les aurait obligés à tenir une comptabilité et à passer ainsi d’une économie de l’ombre à une économie transparente. Ce régime n’a pas voulu risquer une épreuve de force car, bien que les bazars ne fassent plus la pluie et le beau temps en Iran, ce pouvoir est bien placé pour savoir que ce sont les marchands qui avaient fait tomber le Chah il y a bientôt trente ans, lorsqu’ils étaient passés du côté de la révolution. Le régime iranien a d’autant moins voulu se retrouver dans la situation du régime impérial que, parallèlement, les étudiants s’agitent, qu’ils viennent de manifester, à Chiraz, contre la venue du président du Parlement, et que les divisions n’ont jamais été aussi ouvertes entre les différents courants de la théocratie. Le nouveau ministre de l’Intérieur est ouvertement contesté par les députés qui lui reprochent de s’être prévalu de faux diplômes. Le ministre du tourisme, un proche du président de la République auquel il est apparenté depuis que leurs enfants se sont mariés, est extrêmement fragilisé depuis qu’il a déclaré que l’Iran n’avait qu’amitié pour toutes les nations, y compris la « nation israélienne ». On se croirait en pleine présidentielle américaine quand tout peut se retourner contre chacun parce qu’il y aura une présidentielle en Iran, à la fin du prochain semestre, que Mahmoud Ahmadinejad veut se représenter, que ses opposants sont décidés à l’écarter et que le Guide suprême, le chef du clergé, l’homme le plus puissant d’Iran, ne sait pas encore s’il va le soutenir. La bataille est féroce. Elle ne fait que commencer. La certitude est que la théocratie se fracture entre partisans et adversaires d’un compromis avec les Etats-Unis.

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