Ce n’est qu’une étape. La bataille n’est pas gagnée car les méandres du Congrès américain sont tels que l’adoption, hier, d’un projet de réforme de la couverture médicale par la commission des Finances du Sénat ne garantit encore rien. Il faudra bien d’autres votes, au Sénat, à la Chambre des représentants, en commission de conciliation des deux chambres etc. avant qu’une protection contre la maladie ne soit assurée aux 46 millions d’Américains qui en sont totalement dépourvus. La route reste longue mais ce vote n’en marque pas moins une avancée par rapport au blocage auquel se heurtait, depuis l’été, cette grande ambition de Barack Obama. Vent debout, les plus à droite des Républicains dénonçaient là les débuts du socialisme, la fin de la responsabilité et des libertés individuelles, le spectre d’un Etat tentaculaire et contraire à l’esprit de l’Amérique. Ils ne reculaient devant aucune outrance car ils espéraient infliger ainsi une cinglante et paralysante défaite à ce président dont ils n’ont toujours pas admis l’élection et les élus démocrates des régions les plus conservatrices, craignant pour leur réélection dans un an, aux élections de mi-mandat, multipliaient en conséquence amendements et manœuvres dilatoires. Barack Obama risquait de connaître le même échec, sur le même terrain, que Bill Clinton au début de son premier mandat mais les faits sont têtus. Les coûts de la santé ont tellement augmenté depuis cette époque que la moitié des faillites personnelles enregistrées aux Etats-Unis sont dues à l’impossibilité dans laquelle des millions de familles se trouvent de payer leurs factures médicales. Le pourcentage de salariés contraints de souscrire des assurances bon marché les obligeant à payer, en cas de maladie, des franchises de 1000 dollars ou plus a bondi de 1% à 18% entre 2000 et 2008. Ce ne sont plus seulement les plus pauvres mais tout une partie également des classes moyennes qui sont démunis devant les risques de santé. La crise, bien sûr, n’a rien arrangé. Le problème concerne désormais trop de gens, trop d’électeurs, pour être ignoré et, à voir le vote d’hier, la nécessité d’un compromis entre le Congrès et la Maison Blanche semble maintenant s’imposer. Barack Obama n’obtiendra sans doute pas la création du système d’assurance publique qu’il souhaitait mettre en place pour exercer une pression concurrentielle sur les compagnies d’assurance mais, sauf nouveau blocage, toujours possible, ces assureurs privés ne pourront plus refuser de couvrir les personnes atteintes d'une maladie grave, les coûts de la médecine seront plus étroitement contrôlés et l’assurance médicale deviendra obligatoire avec un système d’aide publique pour les familles les plus modestes. S’il finit par obtenir gain de cause, Barack Obama pourra se targuer d’avoir réussi là où plusieurs de ses prédécesseurs avaient échoué. Il en apparaîtrait beaucoup moins faible que depuis septembre et ce regain de prestige lui permettrait de mieux se faire entendre sur la scène internationale, notamment de la droite israélienne et des Iraniens.

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