Le président iranien s’était entretenu, mardi, par téléphone, avec le souverain saoudien. A la veille de son arrivée au Liban, Mahmoud Ahmadinejad souhaitait rassurer le roi Abdallah sur les buts de cette visite. Il voulait lui dire qu’il n’entendait pas accentuer les divisions libanaises et, de fait, il a bien pris soin, hier, à Beyrouth, de se déclarer en faveur d’un « Liban fort et unifié ». Il ne pouvait pas faire moins alors que le poids que l’Iran chiite a pris dans ce pays grâce au soutien qu’il apporte au Hezbollah, organisation politico-militaire des chiites libanais, inquiète autant sunnites et chrétiens du Liban que l’ensemble des pays sunnites de la région, Arabie saoudite en tête. Mahmoud Ahmadinejad a évité la provocation. Il a respecté les formes en s’entretenant avec le président chrétien et le Premier ministre sunnite du pays qui le recevait mais, ces formalités remplies, c’est à un immense meeting du Hezbollah, du parti de Dieu, qu’il participait hier soir et c’est au sud du pays, aux terres du mouvement chiite, qu’il réserve, aujourd’hui, la seconde et dernière journée de sa visite. En vingt-quatre heures, il a déjà trouvé le temps de saluer « la résistance du peuple libanais contre le régime sioniste » qui « poursuit, a-t-il dit, sa chute et qu’aucune puissance de ne pourra sauver », d’affirmer que le Liban et l’Iran avaient des « ennemis communs » que le meeting du Hezbollah a nommés aux cris de « Mort aux Etats-Unis ! Mort à Israël ! », et d’entendre Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, estimer qu’il « disait la vérité en affirmant qu’Israël était un Etat illégitime qui devait disparaître ». Accueilli en héros par des dizaines de milliers de militants du Hezbollah qui le couvraient de pétales de rose tandis qu’il les saluait de sa voiture décapotable, Mahmoud Ahmadinejad le sera mieux encore dans le Sud car c’est de l’argent iranien qui y a permis de reconstruire les villages détruits par l’aviation israélienne lors de la guerre de l’été 2006. Dans le Sud, à la frontière israélienne, l’Iran est un Etat suzerain, celui qui arme le Hezbollah et remplit les caisses de ce tout puissant Etat dans l’Etat. Il est peu probable que Mahmoud Ahmadinejad s’y abstienne, tout à l’heure, de nouvelles diatribes anti-israéliennes et cette visite est ainsi la meilleure des leçons de choses sur ce qu’est, aujourd’hui, la réalité du Proche-Orient. Depuis les attentats du 11 septembre et, chaque année, toujours moins, cette réalité n’est plus celle d’un affrontement entre Israéliens et musulmans mais, bien plutôt, entre deux nouveaux camps – d’une part les régimes sunnites, Israël et l’Autorité palestinienne et de l’autre, l’Iran, le Hezbollah libanais, le Hamas palestinien et la Syrie. Ces camps ne sont pas homogènes. Le Hamas n’est pas chiite mais sunnite. La Syrie a deux fers au feu car elle aimerait se réconcilier avec les Occidentaux mais, l’un dans l’autre, c’est une branche de l’islam contre l’autre, les chiites contre les sunnites avec Israël devenu, de fait, l’allié des seconds. C'est pour cela que les chances d’un accord israélo-palestinien n’ont jamais été aussi grandes et pour cela que les tergiversations et l’intransigeance de Benjamin Netanyahu paraissent, chaque jour, plus effarantes et irrationnelles.

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