Il n’y a pas qu’en Europe que les difficultés budgétaires ont de profondes conséquences politiques. En Europe, on le sait, la crise de la dette souveraine et les plans de rigueur qu’elle a partout imposés mettent en difficulté l’ensemble des gouvernements en place et font toujours plus évoluer l’Union vers des formes d’intégration économique et, peut-être, politique beaucoup plus poussées qu’aujourd’hui.

La crise transforme l’Europe mais elle transforme également les Etats-Unis et dans tous les domaines. Sur la scène intérieure, d’abord, non seulement elle y a donné naissance à un mouvement de contestation sociale comme on n’en avait pas vu depuis les années soixante mais elle a, surtout, conduit Barack Obama à axer sa campagne de 2012 sur la redistribution des richesses par l’impôt en proposant d’imposer plus lourdement les plus riches et les grandes entreprises pour pouvoir financer l’investissement collectif. Depuis Roosevelt et les années 30, c’est la première fois qu’un dirigeant américain choisit de tout miser sur la défense des plus démunis et la dénonciation de l’inégalité sociale et du règne de l’argent.

C’est un changement considérable. La prochaine campagne présidentielle pourrait ainsi prendre une tonalité classe contre classe que dénoncent déjà les Républicains, mal à l’aise à l’idée d’apparaître comme les défenseurs des plus fortunés contre les classes moyennes et les plus pauvres. La scène politique américaine se modifie mais ce n’est ni le plus spectaculaire ni le plus important.

Contraints de réduire leur endettement, les Etats-Unis le sont, en conséquence, de couper dans leurs dépenses militaires – 450 milliards d’économie sur dix ans – et cela les amènera, vient de déclarer leur secrétaire à la Défense, Léon Panetta, à « ajuster leur stratégie ».

Ce n’est pas seulement que l’Amérique va diminuer les effectifs de ses armées et devoir accepter ce que Léon Panetta appelle une « moindre modernisation » de ses armements. C’est aussi, a-t-il expliqué devant le Woodrow-Wilson Center, qu’elle devra recentrer ses forces sur certaines parties du monde et, au premier chef, la région Asie-Pacifique sur laquelle « reposera, a-t-il dit, l’avenir économique et la sécurité de notre pays au 21ième siècle ».

Jamais sans doute un dirigeant américain n’avait aussi directement dit en public que l’Europe, Union européenne et Russie, l’ensemble du continent européen, ne posait plus de défi stratégique aux Etats-Unis et ne pouvait donc plus constituer pour eux la priorité qu’elle avait été durant la Guerre froide. On le savait bien sûr mais c’est maintenant officialisé : la priorité américaine va à l’Asie parce que c’est là que sont les marchés les plus prometteurs, que la Chine est devenue le banquier de l’Amérique, que la sous-évaluation de sa monnaie affaiblit l’industrie américaine, qu’un bras-de-fer est engagé entre Washington et Pékin et que chacun de ces deux pays cherche à consolider ses appuis en Asie pour y bâtir un rapport de forces. L’Amérique va ajuster sa stratégie et avait déjà commencé à le faire cette année, dans l’affaire libyenne, lorsqu’elle avait laissé l’Europe monter en première ligne.

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