Officiellement, l’Allemagne n’en démord pas et ne bougera pas. Malgré le signes, désormais alarmants, de ralentissement de sa propre économie, elle ne veut toujours pas entendre parler de mesures de relance en Europe, pas plus nationales que communes. La priorité des priorités reste pour elle à la réduction des déficits budgétaires et aux réformes structurelles et elle n’est donc nullement disposée à « signer des chèques » pour la zone euro, comme vient de le dire, sans grande élégance, son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble. Cela paraît clair mais, en réalité, ce l’est chaque jour un peu moins et le dernier signe en est la mission que Paris et Berlin ont confié hier à deux économistes de renom, français et allemand et tous deux européens convaincus. Jean Pisani-Ferry et Henrik Enderlein ont été chargés par Emmanuel Macron et Sigmar Gabriel, les ministres de l’économie de la France et de l’Allemagne, d’élaborer pour la mi-novembre un rapport sur « les interdépendances entre les deux économies et les domaines possibles de politiques, initiatives et investissements communs pouvant contribuer à une croissance plus forte et durable en Europe ». Social-démocrate, le ministre allemand de l’économie est le chef de file de la gauche au sein de la grande coalition qui pilote la République fédérale. On pourrait donc penser que Sigmar Gabriel a voulu se démarquer de la chancelière et de ses partenaires conservateurs ce qui aurait déjà marqué une évolution à Berlin mais un porte-parole de Mme Merkel a aussitôt estimé que ces futures propositions communes pourraient constituer un élément du soutien de l’Allemagne à la mise en œuvre des réformes françaises. Ce qui se passe est que l’Allemagne et la France cherchent enfin, bien obligées, à se rapprocher et à définir des politiques communes portant, d’une part, sur les réformes à faire non seulement à Paris mais également à Berlin et, de l’autre, sur les investissements rendus nécessaires par le recul de la croissance et la menace de déflation en Europe. Pressée de toute part d’investir avant que le recul de l’activité dans la zone euro ne porte gravement atteinte aux économies de ses pays puis à l’économie mondiale, Mme Merkel est en train d’envisager de s’y résoudre et de baliser pour cela le terrain avec un rapport qui devra demander autant de concessions politiques à Paris qu’à Berlin. C’est une bonne nouvelle mais ce n’était pas la seule de la journée d’hier. Après le Nobel de littérature à Patrick Modiano, l’attribution du Nobel d’économie à Jean Tirole est venue rappeler que non, la France n’est pas en faillite, ni nulle ni ruinée, et que n’en déplaise aux prophètes du déclin, elle a assez de ressources pour être doublement distinguée à Stockholm et faire petit à petit avancer, à Berlin, la nécessité d’une relance de la croissance.

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