Ce fut une pluie de contrats dont le commerce extérieur français avait grand besoin. En une seule journée de visite de son Premier ministre en Arabie saoudite, la France a engrangé, hier, pour dix milliards d’euros de commandes civiles et militaires. Cela s’ajoute à d’autres contrats antérieurs.

Cela fait également suite aux ventes à l’Egypte d’avions et de navires de combat dont la facture sera réglée par les Saoudiens. Non seulement l’industrie française s’implante comme jamais en Arabie saoudite mais la France accède au rang de partenaire privilégié des grands pays sunnites du Proche-Orient qui, grâce aux gisements pétroliers du Golfe, sont évidemment des clients de choix.

C'est, d'abord, aux capacités de son industrie qu'elle le doit car, si elle n’avait pas pu les honorer, la France n’aurait bien évidemment pas bénéficié de ces contrats. Il y a là la plus définitive des réponses à ces prophètes du déclin qui annoncent matin, midi et soir la fin de la France mais ce n’est pas tout.

Ces succès commerciaux ont aussi, comme toujours, des raisons politiques. En privilégiant la France, les Saoudiens et l’ensemble des pays sunnites veulent montrer leur mauvaise humeur aux Etats-Unis auxquels ils reprochent d’avoir mis le Proche-Orient à feu et à sang avec leur aventure irakienne ; d’avoir offert l’Irak à l’Iran chiite en permettant à la majorité chiite irakienne d’y accéder au pouvoir ; de s’être, en revanche, abstenu d’intervenir en Syrie contre Bachar al-Assad, le grand allié des Iraniens - d’avoir tellement contribué, en un mot, à la montée en puissance de l’Iran qui est à la fois leur rival régional et le chef de file des chiites.

Les sunnites se sentent trahis par les Etats-Unis alors qu’ils apprécient, à l’inverse, que la France ait tout fait pour tenter d’empêcher l’intervention américaine en Irak, qu’elle se refuse à accepter le maintien au pouvoir de Bachar al-Assad et qu’elle se soit montrée, surtout, la plus exigeante des grandes puissances lors de la négociation du compromis sur le nucléaire iranien.

De Jacques Chirac à François Hollande en passant par Nicolas Sarkozy, il y a là une continuité de la diplomatie française dont la France recueille maintenant les fruits, aussi bien politiques que commerciaux. Il n’y aurait aucune raison de s’en plaindre mais, premier problème, la France devient ainsi le grand allié de l’Arabie saoudite, monarchie absolue cultivant un islam profondément obscurantiste. Pour la patrie des Droits de l’homme, ce n’est pas exactement glorieux, mais le fait est que le choix n’est pas, au Proche-Orient, entre des démocraties et des dictatures mais entre des dictatures… et des dictatures.

Portée par ses choix politiques, la France se retrouve aux côtés des sunnites contre les chiites et c’est là que se pose le second problème car il n’est pas du tout prouvé que le vainqueur de cette guerre entre les deux religions de l’islam soit l’Arabie saoudite et non pas l’Iran. On ne sait pas et ce n’est pas avant quinze ou trente ans qu’on le saura.

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