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Peut-être. Qui sait ? On ne sait pas, on ne sait plus, mais peut-être qu’à Lausanne, demain, lors de leur nouvelle réunion, les chefs des diplomaties russe et américaine parviendront à instaurer une nouvelle trêve en Syrie et à rouvrir des négociations rendant un espoir de paix à ce pays détruit.

On veut le croire car, logiquement au moins, il a bien fallu que John Kerry entrevoie cette possibilité pour traverser l’Atlantique. On veut le croire car l’intérêt bien compris de Vladimir Poutine n’est pas de s’enferrer dans une guerre sans fin mais de devenir faiseur de paix en favorisant un compromis qu’il aurait tous les moyens d’imposer à Bachar al-Assad. On veut le croire car, si ce n’était pas le cas, cette ignoble boucherie se poursuivrait jusqu’au dernier Syrien, mais peut-on y croire ?

On ne sait pas, je ne sais pas, car Vladimir Poutine s’est jusqu’à présent comporté de manière totalement irrationnelle dans cette crise. Son intervention en Syrie, il y a treize mois, lui avait donné de vraies cartes. En ayant sauvé Bachar al-Assad de l’effondrement militaire qui menaçait alors son régime, le président russe s’était mis en position de réussir ce à quoi tout le monde avait échoué auparavant. Il pouvait à la fois convaincre le président syrien de se retirer et faire front avec les pays sunnites et les Occidentaux pour qu’une coalition d’hommes du régime et de l’insurrection permette une transition ordonnée, assure la sécurité de toutes les communautés et préserve l’intégrité territoriale de la Syrie.

Plusieurs fois, Vladimir Poutine a semblé vouloir favoriser un compromis dont les grandes lignes étaient tracées et acceptées par chacun mais cet espoir a toujours été déçu car, chaque fois, le président russe en est revenu à une volonté de rétablir Bachar al-Assad dans la plénitude de ses pouvoirs perdus.

Il ne le pourra pas mais croit le pouvoir.

C’est l’erreur qu’il commet et que commettent tous ceux qui l’applaudissent, sur les réseaux sociaux ou dans les pages opinions des journaux, parce que les peuples arabes, en Syrie comme ailleurs, ne veulent plus des dictatures, que la dictature syrienne s’appelle Assad de père en fils, que le clan Assad est issu d’une branche du chiisme, les alaouites, alors que plus de 60% des Syriens sont sunnites, que ce président a choisi de jeter son pays dans la guerre plutôt que faire la moindre ouverture et que les pays sunnites n’accepteront pas que cet allié de l’Iran chiite l’emporte, avec l’appui de Téhéran et de Moscou, contre la majorité sunnite de la population syrienne.

Il n’y a pas deux camps en Syrie, le régime Assad et Daesh. Il y en a trois : le régime qui ne doit sa survie qu’à ses alliés étrangers ; Daesh qui ne cesse de reculer sous les coups de la coalition internationale conduite par les Américains et la population qui, elle, peut perdre une manche mais ne se ralliera pas au régime. Tant que M. Poutine ne l’aura pas compris, il continuera d’entraîner la Russie dans une guerre qu’elle ne pourra pas gagner et c’est pour cela qu’il faudrait espérer que la lumière lui vienne, dès demain si possible.

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