Lâchés par les Américains, les Kurdes se sont tournés vers le régime de Damas soutenu par la Russie, et dès dimanche soir, ses troupes ont pris position dans les villes autonomes jusque-là défendues par les combattants kurdes. La déstabilisation permise par Donald Trump bénéficie d’abord à Vladimir Poutine.

Camion transportant une famille syrienne fuyant l’avancée des forces turques dans le nord-est de la Syrie ; 130 000 déplacés ont été jetés sur les routes en cinq jours d’offensive
Camion transportant une famille syrienne fuyant l’avancée des forces turques dans le nord-est de la Syrie ; 130 000 déplacés ont été jetés sur les routes en cinq jours d’offensive © AFP / Delil SOULEIMAN / AFP

Cinq jours après le début de l’offensive turque en Syrie, avec le feu vert de Donald Trump, on peut d’ores et déjà décréter le vainqueur : il n’est pas engagé dans ces combats, c’est Vladimir Poutine.

Le Président russe est le grand bénéficiaire de la déstabilisation massive provoquée par l’intervention turque dans le nord-est de la Syrie. Dès hier soir, les forces du régime de Bachar el-Assad, que Poutine a sauvé de l’effondrement il y a cinq ans, ont commencé à investir des villes tenues jusque-là par les combattants kurdes. 

Lâchés par les États-Unis, les Kurdes se sont tournés vers la seule alternative qui leur reste : le régime syrien, un moindre mal à leurs yeux que l’ennemi historique turc.

C’est une vaste redistribution des cartes qui se produit, car une bonne partie du territoire syrien échappait encore au contrôle de Damas, et était tenu par les Kurdes - soutenus par les États-Unis, mais aussi la France et le Royaume uni qui ont des forces spéciales sur place. Les Américains ont annoncé hier le retrait d’un millier d’hommes de la zone, et on voit mal comment Français et Britanniques pourront tenir, malgré la volonté européenne de s’opposer à l’abandon des Kurdes - qui ont été nos alliés contre Daech et sont aujourd’hui bien mal remerciés.

Le Président russe a fait de la Syrie le terrain de son retour au statut de puissance qui compte. Il a profité d’une première décision américaine de désengagement, celle de Barack Obama en 2013. La nature ayant horreur du vide, c’est la Russie et l’Iran qui sont venus à la rescousse d’Assad.

Poutine profite une nouvelle fois de l’éclipse américaine pour rester la seule puissance extérieure présente – la seule, aussi, qui parle à tout le monde. Allié et protecteur de Damas, le président russe est le parrain du processus d’Astana qui réunit les protagonistes de la guerre ; et il a des rencontres régulières avec l’Iran et la Turquie.

Poutine a des relations intrigantes avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, auquel il a vendu un système de défense antimissiles S-400 de fabrication russe, alors que son pays est membre de l’Otan. Peu de chances qu’il décrète un embargo comme celui, largement symbolique, qu’ont décidé Paris et Berlin.

Le Président russe profite donc de la décision américaine. Donald Trump explique à ses électeurs que les États-Unis n’ont rien à faire au Moyen Orient, que c’était une grande erreur d’y être allé. Ce faisant, il laisse le terrain libre à d’autres puissances, nettement moins isolationnistes que lui.

A l’époque de la guerre froide, le Moyen Orient se partageait entre « clients » d’un camp ou de l’autre. Avec l’effondrement de l’Union soviétique, le jeu est devenu de plus en plus complexe, avec l’émergence de puissances régionales autonomes.

Quel Moyen-Orient sortira des convulsions provoquées par l’intervention turque ? Poutine saura-t-il profiter de son avantage ? Et dans quel but ? A voir le sort des Kurdes aujourd’hui, ça ne sera en tous cas pas au profit des peuples de la région, éternels absents des stratégies des puissances de l’heure.  

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