En. Guinée dimanche, en Côte d’Ivoire le 31 octobre, des scrutins présidentiels se tiennent dans des climats très tendus, en raison de la décision des Présidents sortants de se présenter pour un troisième mandat en principe interdits.

En Guinée, le Président sortant Alpha Condé fait campagne pour un troisième mandat : ici à Kissidougou le 12 octobre. Ses rivaux se plaignent d’obstacles dans leur campagne.
En Guinée, le Président sortant Alpha Condé fait campagne pour un troisième mandat : ici à Kissidougou le 12 octobre. Ses rivaux se plaignent d’obstacles dans leur campagne. © AFP / CAROL VALADE / AFP

Il n’y a pas que les élections américaines dans la vie… Deux pays d’Afrique sub-saharienne votent dans les prochains jours, des scrutins très tendus et des incidents sont redoutés, car, dans les deux cas, le Président sortant s’accroche au pouvoir pour un troisième mandat ; après avoir juré qu’il s’arrêterait à deux.

La Guinée-Conakry vote ce dimanche, et le Président sortant Alpha Condé a dû faire adopter une nouvelle constitution pour pouvoir se présenter une troisième fois, lui qui avait promis de respecter l’ancien texte prévoyant deux mandats. Ses détracteurs lui rappellent une ancienne déclaration dans laquelle il disait que modifier la constitution serait, disait-il, « trahir ce pourquoi je me suis toujours battu ».

Même situation en Côte d’Ivoire, qui se rend aux urnes deux semaines plus tard, le 31 octobre. La surprise est venue du Président Alassane Ouattara, qui, après avoir annoncé en mars qu’il ne se représentait pas, s’attirant le compliment « d’homme de parole et homme d’État » de la part d’Emmanuel Macron, a finalement choisi cet été de briguer un troisième mandat.

L’Afrique a voulu rompre avec les Présidents à vie, la génération des « pères de la nation » qui n’abandonnaient le pouvoir que morts ou renversés par leur armée. La limite des deux mandats, inscrite dans les Constitutions, devait prévenir cette dérive autocratique, toujours à l’œuvre dans certains États comme le Cameroun et son Président Paul Biya, au pouvoir depuis bientôt 40 ans !

Mais le pouvoir ne s’abandonne pas facilement, surtout quand on se pense « homme providentiel », ou, dans le cas d’Alpha Condé en Guinée, qu’on a été opposant, exilé pendant 40 ans, et que ce sacrifice vaut bien quelques accommodements.

Cette maladie infantile de la démocratie africaine met en porte à faux des classes politiques vieillissantes, à une population majoritairement très jeune, qui aspire au changement. Les sociétés civiles tentent de sauver cette marche entravée vers des régimes constitutionnels, on les a vues à l’œuvre au Sénégal ou au Burkina Faso ; mais elles sont encore trop faibles pour faire le poids partout.

Les populations redoutent le risque de violence, tant en Guinée qu’en Côte d’Ivoire, en raison d’une part de la détermination des Présidents sortants à surmonter l’opposition à leur maintien, mais aussi en raison d’histoires récentes troublées.

La Côte d’Ivoire s’est difficilement remise de son épisode de guerre civile dans les années 2000, avec la coupure du pays en deux, l’élection contestée de Laurent Gbagbo, l’intervention française… L’opposition appelle au boycottage du scrutin et des incidents sont plus que jamais à craindre.

La France reste largement silencieuse : 70 ans après les indépendances, c’est sans doute la meilleure attitude. Pour autant, elle n’est jamais très loin. Le "Financial Times" rapportait il y a quelques jours que l’Élysée avait suggéré en septembre un report de l’élection ivoirienne, mais s’était attiré une fin de non-recevoir. 

Ces deux scrutins sont donc la chronique au mieux d’un coup de force constitutionnel réussi, au pire d’un chaos annoncé. Dans les deux cas, ce ne sont pas des bonnes nouvelles pour l’Afrique.

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