Il restait un contre-pouvoir en Russie et un seul. Après la reprise en main de chaînes de télévision publiques et privées par Vladimir Poutine, le laminage des partis d’opposition et la remise au pas des grands patrons issus des privatisations, restaient les dirigeants élus des républiques et territoires qui constituent, avec la Russie elle-même, la Fédération de Russie. Beaucoup d’entre eux sont corrompus. Rares sont parmi eux les hommes politiques d’envergure mais au moins n’étaient-ils pas forcément aux ordres du Kremlin. Si faible ait-il été, ce contre-pouvoir existait mais Vladimir Poutine vient de décréter, hier, qu’il était temps d’y mettre fin. Expliquant que « la lutte contre le terrorisme devait devenir une tâche nationale » et qu’il fallait former, pour cela, « un système de pouvoir uni et hiérarchisé », le Président russe a annoncé que les dirigeants des régions ne seraient désormais plus élus mais désignés par les Parlements locaux sur proposition du pouvoir central, c’est-à-dire de lui-même. Les députés de la Douma, du Parlement fédéral, continueront, eux, d’être élus mais la réforme du mode de scrutin que Vladimir Poutine a annoncée dans la foulée ne laisse guère d’illusions. Déjà aux ordres, la Douma ne sera bientôt plus qu’une chambre d’enregistrement. Le moment venu, ses membres supplieront le Président de bien vouloir accepter l’amendement constitutionnel qui lui permettrait de briguer un troisième mandat puis d’autres encore et force est ainsi de voir qu’une dictature renaît en Russie. Ce n’est plus celle d’un parti mais celle d’un homme. Ce n’est pas le retour du communisme mais l’instauration d’un classique pouvoir policier dominé, en l’occurrence, par les jeunes générations de l’ancien KGB, par les camarades de promotion de Vladimir Poutine, lui-même ancien sous-officier des services de renseignement pour le compte desquels il fut longtemps posté en Allemagne. Cette dictature repose déjà sur la force. Elle commence à inquiéter les Russes et plus seulement les milieux intellectuels mais ce serait s’aveugler que de ne pas voir qu’elle bénéficie toujours, en même temps, d’atouts politiques et de soutiens populaires. La Russie a follement aimé Poutine et l’aime encore pour quatre raisons. La première est que les années Eltsine, la décennie de sortie du communisme, ont été marquées par un tel recul de l’Etat et un tel cynisme dans l’appropriation des richesses nationales par l’ancien appareil dirigeant que les Russes aspiraient à un pouvoir fort. La deuxième est que la diplomatie russe s’était si bien mise, dans ces mêmes années, à la remorque des Etats-Unis que la Russie voulait un Président jeune, tout en muscles et qui se fasse entendre sur la scène internationale. La troisième est que la Russie a tant perdu de territoires dans l’effondrement communiste qu’elle ne veut plus reculer d’un seul centimètre carré, notamment en Tchétchénie. Et la quatrième est que la dérive terroriste des Tchétchènes les terrifie tant qu’elle les range aux côtés de leur Président, exactement comme le 11 septembre fait la force de Georges Bush.

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