Un souffle, ce souffle qui avait porté les nations, après-guerre, à organiser leur concertation, transcender les frontières, s’imposer des règles communes et promouvoir un droit international, ce souffle s’épuise et s’éteint. L’Europe, on sait. Elle est en panne d’horizon depuis l’échec du projet de Constitution mais regardons l’Onu et l’état de ses ambitions. En 2000, au début d’un nouveau millénaire, elle avait rêvé de promouvoir le développement et éradiquer la pauvreté, de s’en fixer au moins l’objectif en mobilisant ses membres sur des objectifs chiffrés et contraignants. Puis vint la crise irakienne, cette double incapacité des Nations Unies à faire respecter leurs résolutions par Saddam Hussein et à empêcher les Etats-Unis d’entrer en guerre sans l’aval du Conseil de sécurité. La crédibilité de l’Onu était atteinte. Un nouveau départ s’imposait à elle. Kofi Annan, son Secrétaire général, s’y est attelé et ce soixantième anniversaire du Parlement des nations, ces trois jours de sommet mondial qui le marquent à compter d’aujourd’hui, devait être l’occasion de grandes décisions, sur la pauvreté comme sur le fonctionnement de l’Onu. L’imparfait, malheureusement, s’impose car l’occasion est largement manquée. A la dernière minute, on a fini par trouver des compromis ambigus sur certains points. On déclarera, sur les autres, que le travail va se poursuivre. Comme on Europe, on sauvera les meubles mais, comme en Europe, la foi n’y est plus, remplacée par la méfiance et les petits calculs. Pour que l’Onu reflète les changements du monde et que son autorité en soit renforcée, l’Allemagne, le Brésil, l’Inde, le Japon et deux pays africains auraient du venir étoffer les rangs des membres permanents du Conseil de sécurité. C’était logique, presque fait, mais les Etats-Unis comme la Russie craignaient la dilution de leur influence. La Chine ne voulait à aucun prix du Japon. Beaucoup de puissances moyennes étaient mécontentes de ne pas compter parmi les élus. L’Egypte se demandait si l’Afrique accepterait qu’elle la représente… Bref, on verra plus tard. Souvenir du Rwanda aidant, honte aidant, l’Onu va se reconnaître une « responsabilité de protéger » des populations menacées, un droit d’ingérence internationale et légale. C’est un acquis capital mais il crée tant d’obligations aux uns et de problèmes aux autres que pour les détails… on verra plus tard. Une Commission de consolidation de la paix sera mise en place afin de coordonner le suivi politique et les aides financières dans les régions sortant de conflits armés. Excellent, mais les détails restent à voir. La Commission des Droits de l’Homme devait être remplacée par un Conseil d’où auraient été exclues les pires dictatures mais cela déplaît à tant de pays que… pour les détails, on verra plus tard. On verra plus tard sur beaucoup de choses car les Etats-Unis ont voulu tout amender au dernier moment et que des groupes entiers d’Etats se sont aussitôt engouffrés dans cette brèche. Dans cette bataille, le seul vrai soutien de Kofi Annan était l’Europe, très unie sur ces projets, mais l’Europe, ces derniers mois, était tout à ses problèmes. Pour la réalisation concrète de ces bonnes idées, on verra, donc… plus tard.

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