Et si cette guerre du Liban n’avait pas été inutile ? Un mois seulement après le cessez-le-feu, il est bien trop tôt pour le dire mais la question, pourtant, se pose car la défaite d’Israël, le prestige que les Iraniens et le Hezbollah en ont tiré dans tout le monde musulman, l’affaiblissement consécutif des régimes arabes - la radicalisation, en un mot, que ce conflit a induite au Proche-Orient pourraient peut-être avoir donné plus de Raison aux acteurs régionaux. Quoi qu’ils disent ou ne disent pas, Israël et l’Europe, l’Amérique et les gouvernements sunnites, tous ont en effet compris, cet été, que, si la tension ne baissait pas rapidement au Proche-Orient, l’extrémisme y marquerait bientôt des points décisifs, que les ambitions nucléaires de l’Iran en seraient confortées et qu’il était donc urgent de calmer le jeu sur l’un des fronts au moins. L’Irak, de loin le plus sanglant, cent morts par jour ? C’eut été l’idéal mais la situation y est trop inextricable et, depuis un mois, tous les regards se portent en conséquence sur le front israélo-palestinien. Là-bas, au moins, la solution est connue, deux Etats coexistant de part et d’autre des frontières de 1967, et une reprise des négociations, surtout, arrangerait toutes les parties, directes et indirectes. Israël y aurait tout intérêt car, après avoir réalisé qu’il ne réduirait pas les luttes palestiniennes par la force, il vient de constater qu’une partition unilatérale était impraticable, qu’il était beaucoup plus démuni face à des milices surarmées que devant des armées régulières et que le Hezbollah pouvait, demain, faire exemple. Majoritaires depuis les élections de janvier, les islamistes du Hamas en auraient encore plus besoin car leur gouvernement n’a plus un sou en caisse et que l’anarchie les menace. Les gouvernements sunnites le souhaitent ardemment car leurs régimes sont déstabilises. Quant à l’Europe et l’Amérique, elles n’ont nulle envie de laisser exploser une région indispensable à l’économie mondiale. En pointillés, le danger a formé un front de la Raison, fragile et contradictoire, totalement aléatoire, mais le fait est que les choses bougent. Les islamistes du Hamas ont repris et conclu leurs négociations de juin avec Mahmoud Abbas, le Président palestinien. Tout en continuant de se réclamer, comme parti, de la reconquête d’Israël, ils ont accepté de former un gouvernement de coalition avec le Fatah de Mahmoud Abbas et de lui laisser, à lui, le soin de négocier avec Israël, sur la base des frontières de 1967, c’est-à-dire d’une reconnaissance d’Israël. De grandes manoeuvres sont engagées pour l’échange de prisonniers. Une rencontre entre Mahmoud Abbas et le Premier ministre israélien est en préparation. On reprend langue et, parallèlement, l’Iran semble commencer à assouplir ses positions sur le nucléaire, comme si cet improbable front de la Raison le faisait réfléchir aux avantages d’un compromis et aux dangers de l’intransigeance. Un mois plus tard, le bilan de cette guerre n’est pas écrit.

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