C’est les deux. Entre la France et l’Allemagne, il y a non seulement des personnalités qui s’accordent mal, celles d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy, mais aussi, bien plus profondément, des volontés d’affirmation nationale qui se heurtent – bref, une difficulté tellement évidente que le porte-parole de l’Elysée, s’est efforcé de la nier, hier, en déclarant : « « Si on regarde les faits, la crise n’existe pas ». A s’en tenir aux faits, le premier geste de Nicolas Sarkozy, le jour même de son investiture, a été de se rendre à Berlin, de souligner, par là, l’importance qu’il accorde à la relation franco-allemande, mais entre une chancelière, d’une part, réservée, fille de pasteur, physicienne et grandie dans un pays, l’Allemagne de l’Est, où il valait mieux de ne pas être trop volubile et un Président, de l’autre, hyperactif, avocat et constant metteur en scène de sa propre geste, le courant, tout simplement, ne passe pas. Ils sont du même âge, tous deux de droite, l’un et l’autre plus libéraux et plus proaméricains que leurs prédécesseurs. Tout devrait les mettre en totale connivence mais c’est précisément parce qu’ils sont politiquement si proches et chassent sur les mêmes terres que leurs différences de tempérament comptent tant. Ce qui est de la réserve de bonne élève chez Angela Merkel est perçu comme une froideur hautaine par Nicolas Sarkozy. Ce qui est, chez lui, volonté de plaire, bises et grands rires, est reçu, par l’autre, comme une familiarité déplacée, machiste et vaguement condescendante. Cela n’aide pas et cela d’autant moins que l’une est chancelière d’un pays unifié, aspirant légitimement à reprendre sa place sur la scène internationale, tandis que l’autre veut remettre la France au cœur de l’Europe et du monde, tout prendre en mains et tout résoudre. Les temps historiques sont différents et l’Allemagne, pas seulement sa chancelière, ne supporte pas que cette France en déficit, si brouillonne et fâchée avec le monde actuel, s’attribue, pieds sur la table, la libération des infirmières bulgares et la relance européenne auxquelles la République fédérale avaient discrètement et efficacement travaillé avant de s’en faire souffler le mérite. Disons le mot : il y a une rivalité franco-allemande, entre deux pays qui savent devoir agir ensemble mais veulent être, l’un et l’autre, la locomotive de la locomotive européenne, le rôle qui revenait, jusqu’à présent, à la France. Ca devra s’arranger car ni la France ni l’Allemagne ne peuvent s’offrir le luxe d’une vraie discorde mais le Président français serait bien inspiré d’être plus chef d’Etat et moins irrésistible dans ses relations avec Berlin et de voir, surtout, que l’Allemagne a, désormais, des titres à être traitée en grande dame et veut l’être. Il faut lire pour s’en rendre compte Nous, les Allemands, le livre d’un journaliste du Spiegel, Matthias Matussek, que les éditions Saint-Simon viennent de traduire. Il se résume en une phrase : nous renouons avec une grande culture et un grand passé dont nous voulons faire un grand présent car nous pouvons, à nouveau, être fiers de nous.

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