C’est la Centrale des travailleurs cubains, unique syndicat de l’île, qui vient de l’annoncer, hier, par communiqué. Plus de 500 000 fonctionnaires seront licenciés d’ici mars. Un million le seront à terme et tous seront invités à se trouver ou créer un nouvel emploi dans le secteur privé dont le régime encouragera le développement dans l’agriculture, les services, les coopératives et les professions qu’on nomme « libérales » en économie de marché. Cuba tourne, en clair, le dos à l’économie administrée et la centrale syndicale explique cette rupture par la phrase suivante : « Notre Etat ne peut pas et ne doit pas continuer, dit-elle, à soutenir des entreprises et des unités de production à capitaux publics dont les effectifs sont pléthoriques et les pertes préjudiciables à l’économie ». Les licenciés qui ne voudraient pas se reconvertir dans le privé, ajoute-t-elle, bénéficieront d’indemnités de chômage égales à 70% de leur salaire mais ne pouvant excéder trois mois. Une page se tourne à Cuba, celle du communisme, et la réponse que vient de faire Fidel Castro au magazine américain The Atlantic qui lui demandait si le modèle cubain était toujours exportable suffit à en comprendre la raison. « Le modèle cubain ne marche même plus pour nous », a-t-il répondu en neuf mots et il ne reste ainsi plus que la Corée du Nord pour ne pas admettre que la complète étatisation de l’économie, ça ne fonctionne pas. L’URSS de Lénine avait été la première à le réaliser lorsqu’elle avait introduit la NEP, cette Nouvelle politique économique qui avait restauré un secteur privé, en 1921, avant que Staline n’y mette terme de peur que son succès n’élargisse le spectre politique et n’ébranle le monopole du Parti communiste. Il avait ensuite fallu 50 ans pour que le Kremlin autorise la petite Hongrie à récréer un secteur privé qui l’avait fait baptiser, dans le bloc socialiste, « la baraque la plus gaie du camp ». Pendant que la Chine passait au marché, Mikhaïl Gorbatchev s’était inspiré de cet exemple hongrois pour lancer la Perestroïka qui allait faire tomber, en cinq ans, le mur de Berlin et voilà, maintenant, que Cuba s’engage sur cette voie dont l’aboutissement, le marché, ne fait pas le moindre doute. Castro n’avait plus le choix dira-t-on. Il ne n’avait plus, en effet, puisque l’économie cubaine est en ruine, qu’il n’y a plus d’URSS pour la soutenir et que les gauches latino-américaines ont désormais opté pour la social-démocratie – marché régulé et redistribution fiscale – mais il est frappant de voir l’image qu’il voudrait, aujourd’hui, laisser de lui. A travers les déclarations qu’il multiplie, c’est celle d’un sage qu’il voudrait façonner, d’un humaniste qui met en garde les Etats-Unis contre un conflit nucléaire avec l’Iran mais s’insurge contre l’antisémitisme du président iranien et la négation de l’holocauste ; qui regrette d’être allé si loin dans la crise des fusées ; qui déplore que son régime ait persécuté les homosexuels mais qui ne donne, pour autant, pas cher du modèle américain. Au soir de sa vie, bilan fait, Castro voudrait rester, dans l’Histoire, le jeune idéaliste assoiffé de justice qu’il avait été, comme les bolcheviks, avant que la logique d’une aberration ne fasse de lui ce qu’elle avait fait d’eux : un dictateur sans pitié.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.