Oui, l’euro est menacé. Oui l’Europe tangue comme plus d’une fois, d’ailleurs, dans son histoire mais pourquoi cette crise, ce bruit, cette fureur ? Tout cet interminable fracas tient à la faillite – car faillite il y a – d’un pays, la Grèce, dont le produit intérieur brut compte pour à peine 3% de celui de la zone euro.

C’est un peu comme si l’on considérait que la France était au bord de l’abîme parce que l’une de ses municipalités, et pas l’une des plus grandes, était en cessation de paiement. C’est une situation totalement absurde, une panique injustifiée sauf… Sauf que cette crise grecque et les hésitations et la lenteur avec lesquelles les dirigeants européens y ont répondu ont mis en lumière un vrai problème qui est celui du mi-chemin dans lequel se trouve l’Union.

Dotée d’une monnaie unique, d’un marché commun et d’institutions communautaires, l’Union européenne n’a pour autant ni politiques communes ni autorités gouvernementales capables de réagir à une crise en agissant en son nom. L’Union est un corps sans tête, ou plutôt à trop de têtes, et quand ce qu’on appelle « les marchés » – autrement dit les détenteurs de capitaux souscripteurs, en l’occurrence, de bonds d’Etat – ont repéré cette faiblesse en découvrant la situation des comptes grecs, ils ont considéré que l’Europe et sa monnaie unique n’étaient pas un placement sûr puisqu’il n’y avait pas derrière elles un Etat à même de décider. Mus à la fois par une crainte pour leur argent et par l’appât du gain, ils ont donc commencé à exiger, non seulement de la Grèce mais aussi d’autres pays européens considérés comme fragiles, des taux d’intérêt de plus en plus élevés qui ont affaibli un Etat après l’autre et mis à mal toute l’Europe.

On en est là. Cette crise pourrait, oui, faire sombrer l’Union car ce ne serait pas le premier triomphe de l’irrationalité dans l’Histoire mais la messe est loin, très loin d’être dite. Pour aussi peu réactifs et unis, voire gribouilles, qu’ils se soient montrés, les dirigeants européens ont tout de même su créer dans l’urgence un Fonds de solidarité financière, placer d’indispensables rustines et, surtout, admettre enfin que l’Union avait besoin de politiques économiques communes et même d’un « gouvernement économique », c’est-à-dire d’un pilotage commun de ses économies.

Non seulement l’Europe politique vient de faire en quelques mois des pas inimaginables avant cette crise, non seulement l’Allemagne, d’abord tellement réticente à toute idée de solidarité européenne, est en train de se retourner car elle réalise tout ce qu’elle aurait à perdre en perdant l’euro, mais il n’y a pratiquement plus de responsables européens pour ne pas dire, et de plus en fort, qu’il faut muscler l’Union en lui donnant les moyens d’un Etat. C’est le grand retour de l’idée fédérale, particulièrement sensible en Allemagne et en France dont les droites, les gauches et les milieux industriels se mobilisent pour défendre l’Europe et proposer ensemble, en franco-allemand, leurs solutions - de droite, de gauche, ou patronales. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sont en concertation permanente. Martine Aubry en est pratiquement à un programme commun avec les sociaux-démocrates allemands. L’Union tangue mais l’annonce de sa mort est au moins prématurée.

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