Cela aurait pu être bien pire. Après le retentissement international que le meurtre de l’ambassadeur américain en Libye et de trois de ses collaborateurs avait donné à ce misérable film sur Mahomet, on aurait pu craindre que le monde musulman ne s’enflamme. Il y a eu, hier des manifestations en Egypte, au Yémen, en Iran, en Irak, en Tunisie et au Bangladesh. Elles ont fait quatre morts au Yémen mais elles n’ont nulle part réuni plus de quelques centaines ou milliers de personnes et celles qui s’annoncent, aujourd’hui, en Egypte, sont organisées par les Frères musulmans au pouvoir dans l’objectif d’éviter tout mouvement incontrôlé à la sortie des offices du vendredi.

On peut maintenant espérer – seulement espérer car il n’y a pas là de certitudes – que l’alerte se dissipe lentement à compter de demain mais elle aura été si chaude que trois remarques s’imposent.

La première est que le monde musulman vient là d’infliger un démenti aussi cinglant que salutaire à ceux qui le décrivent comme globalement fanatique et violent car le meurtre, mardi soir, des diplomates américains ne relevait en rien d’une hystérie de foules sanguinaires. A Washington comme dans les capitales européennes, le sentiment prévaut au contraire que ce crime a été organisé par des groupes djihadistes issus de la débâcle d’al Qaëda, Ansar al Charia et l’Aqmi, que la date à laquelle il a été commis – un 11 septembre – ne doit rien au hasard et que ce film n’aura été qu’une occasion pour les assassins de se faire passer pour des justiciers portés par une colère populaire qui est pourtant demeurée, on l’a vu, bien au-dessous de leurs espérances.

Les preuves restent à réunir. Elles seront difficiles à établir mais le fait est que l’emploi d’armes lourdes et la traque obstinée lancée contre les diplomates qui avaient vainement réussi à fuir le consulat américain de Benghazi ne sont pas la marque de gens improvisant sous le coup de l’exaltation.

La deuxième remarque à faire est que, si la responsabilité de ces meurtres n’incombe qu’à ceux qui les ont commis, l’irresponsabilité politique et la culpabilité morale des auteurs de ce film n’en sont pas moins immenses. Contrairement à l’Europe mais à l’instar des Etats-Unis, les pays musulmans sont restés profondément religieux. Toute insulte à la foi y est ressentie comme intolérablement choquante et en fait d’insulte, ce film n’y va pas de main morte.

Ce n’est pas une critique de l’islam, même frontale, mais un portrait de Mahomet en attardé mental et pervers sexuel qui n’apporte rigoureusement rien à quelque débat que ce soit. C’est là l’œuvre de fanatiques, haineux, stupides et grossiers, qui n’ont fait que servir, volontairement ou non, bêtement ou cyniquement, les intérêts d’autres fanatiques auxquels le sang ne fait pas peur.

Quant à la troisième remarque à faire, elle est que ce genre de provocation est particulièrement mal venu dans cette période de transition du monde arabe. Partout, des pans entiers de l’islamisme y rompent avec le djihadisme, commencent à accepter le jeu démocratique, comme en Turquie, et s’éloignent de courants violents qui leur reprochent cette évolution. Ce n’est pas le moment de les mettre en difficultés en alimentant le fanatisme de leurs adversaires.

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