C’est un moment de vérité. Ou bien l’Union européenne parviendra tout à l’heure, lors de la réunion de ses ministres de l’Intérieur, à se mettre d’accord sur une approche commune de ce drame des réfugiés ou bien il lui faudra réunir un sommet extraordinaire de ses vingt-huit dirigeants nationaux, un Conseil européen qui risquerait alors de consacrer ses divisions et de la plonger dans une crise politique de très grande ampleur.

Après s’être concertés tout le week-end, la France et l’Allemagne proposeront aujourd’hui, d’une part, que les pays membres acceptent le principe d’une répartition des réfugiés en fonction de la taille et de la situation économique de chacun d’entre eux et, de l’autre, que l’Union s’attelle vraiment à la maîtrise de ses frontières extérieures et y crée des centres où pouvoir faire le tri entre migrants économiques et réfugiés politiques.

Il n’est pas impossible qu’un accord soit trouvé sur ces deux bases puisque la seconde tombe sous le sens et, que pour ce qui est des quotas obligatoires, le pays qui leur est le plus opposé, la Hongrie, en serait de toute manière exemptée comme le seraient la Grèce et l’Italie, les deux autres pays de la frontière européenne où les réfugiés sont déjà les plus nombreux.

Fût-ce a minima, un accord est d’autant plus possible que la Pologne s’ouvre à l’idée d’un accueil, que d’autres pays hostiles aux quotas commencent à évoluer et que, dans les réunions ministérielles, on vote à la majorité qualifiée.

A Paris comme à Berlin, on se montrait hier relativement confiant mais, outre que la bataille sera rude et que rien n’est joué, le flux des demandeurs d’asile ne cesse de grossir et le tri à organiser aux frontières de l’Union ne pourra pas l’être en quelques jours. Il y faudra du temps et c’est pour cela qu’Allemands et Français visent en fait un accord d’étape portant sur 120 000 personnes. Ce qu’ils veulent, c’est faire entériner un principe, ultérieurement applicable à d’autres réfugiés, et réduire, parallèlement, le nombre des arrivées en amenant l’Union à contribuer à l’amélioration des conditions de vie dans les camps de réfugiés syriens installés en Jordanie, au Liban et en Turquie.

Rien de tout cela ne sera facile. Tout cela se heurte à des difficultés logistiques et, surtout, dans presque chacun des pays membres, à des donnes de politique intérieure extrêmement complexes. L’Union européenne paie, là, le retard qu’elle a pris - car les obstacles étaient nombreux - à se doter d’une politique étrangère et d’une Défense communes qui lui auraient permis de peser au Proche-Orient et d’en canaliser les crises sans avoir à quêter l’accord et l’appui des Etats-Unis. L’Union est brutalement confrontée à son inexistence comme puissance politique et acteur de la scène internationale et c’est la raison pour laquelle elle vit désormais ce moment de vérité.

Ou bien cette crise la rendra la plus forte ou bien elle en sortira très affaiblie et bientôt réduite à un chacun pour soi qui ferait de chacun de nos pays des puissances secondaires et contre lequel l’Allemagne a délibérément mis en garde, hier, en fermant sa frontière.

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