Où l'on voit pourquoi la prix Nobel de la paix tourne le dos au drame des Rohingyas

Aung San Suu Kyi n'a toujours pas réagi face au massacre des Rohingyas dans son pays
Aung San Suu Kyi n'a toujours pas réagi face au massacre des Rohingyas dans son pays © AFP / ROMEO GACAD

Pourquoi ne les défend-elle pas ? Il y a maintenant près de 400 000 réfugiés Rohingya au Bangladesh, déjà plus du tiers de cette minorité musulmane de Birmanie. Ils fuient parce que l’armée brûle leurs villages, les massacre, viole les femmes et tire même sur les enfants.

Même la Chine, indéfectible alliée de la Birmanie, a voté hier une résolution du Conseil de sécurité réclamant des « pas immédiats pour faire cesser la violence » et dénonçant un « recours excessif à la force ». Alors qu’un journaliste lui demandait s’il s’agissait là d’un « nettoyage ethnique », le secrétaire-général de l’Onu, Antonio Gutteres, a publiquement répondu : « Pensez-vous pouvoir trouver un meilleur mot ? ».

Devant tant d’abominations, le monde s’émeut mais Aung San Suu Kyi, dont l’héroïque et si longue résistance à la junte militaire qui dirigeait la Birmanie avait fait une icône internationale de la non-violence, de la démocratie et du combat pour le respect des droits de l’homme, n’a pas encore eu un mot de compassion, pas un seul, pour ces familles chassées de leurs terres et de leur pays par une violence destinée à les en expulser à jamais.

Pire que cela, alors qu’elle a maintenant gagné la bataille et dirige la Birmanie, ce prix Nobel de la paix, à la plus grande indignation d’autres prix Nobel de la paix, a fait qualifier les Rohingyas de « terroristes » par ses porte-parole et dénoncé une « désinformation » qui abuserait l’opinion et les gouvernements étrangers.

On ne comprend pas, mais aussi inexcusable qu’elle soit, cette attitude n’est pas inexplicable.

Les hommes de l’ancienne junte ont conservé le contrôle des forces armées et des ministères qui les coiffent. Non seulement Aung San Suu Kyi n’a pas autorité sur les militaires mais les Rohingyas sont profondément impopulaires dans ce pays presque entièrement bouddhiste qui les considère comme un legs de la colonisation britannique.

Pour les Birmans – et c’est ce qui se passe – les Rohingyas devraient retourner au Bangladesh d’où ils seraient venus au XIX° siècle. A les défendre, Aung San Suu Kyi pourrait beaucoup perdre et cela d’autant plus qu’il est vrai qu’après des décennies de persécutions, les plus radicaux d’entre eux venaient de prendre les armes et de s’attaquer à des militaires.

Aung San Suu Kyi ne peut pas passer sur le meurtre de soldats birmans sans faire le jeu des généraux. Elle marche sur un fil et cela d’autant plus que la Birmanie est une mosaïque - sept peuples et près de cent quarante ethnies - dont l’unité est extrêmement fragile. Elle a maintenant fait dire qu’elle s’adresserait la semaine prochaine à son pays pour « parler de réconciliation nationale et de paix » mais, pour l’heure, l’expulsion des Rohingyas se poursuit, par le fer et par le feu.

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