Et si les principales conséquences de la crise financière de 2008, qui a éclaté il y a dix ans cette semaine, étaient politiques plutôt qu’économiques ?

Manifestant de « Occupy Wall Street », à New York, en octobre 2011.
Manifestant de « Occupy Wall Street », à New York, en octobre 2011. © AFP / TIMOTHY A. CLARY / AFP

Il y a dix ans demain, éclatait la crise financière dont l’impact fut à la fois mondial et profond. Mais cette crise n’a pas seulement changé l’univers de la finance, elle a transformé le monde dans lequel nous vivons.

C’est notamment la thèse d’un économiste américain, Adam Tooze, qui vient de publier un livre pour ce dixième anniversaire, en pleine présidence de Donald Trump. 

Steve Bannon, le troublion de l’extrême droite américaine, qui fut un temps conseiller à la Maison Blanche, estime que la crise de 2008 a « allumé la mèche », selon sa formule, qui a conduit à l’élection de Trump et même, selon lui, à celle de Matteo Salvini, l’homme fort de la coalition au pouvoir en Italie.

La crise a ébranlé la confiance des citoyens dans le système et dans les élites politiques qui n’avaient pas pu empêcher cette catastrophe ; elle a creusé les inégalités car les plus riches en sont sortis plus vite -et plus riches encore-, que les couches les plus fragiles de la société ; et enfin, elle a appauvri les Etats moins capables de faire face au fossé social et territorial.

La crise a fait émerger deux phénomènes politiques distincts. Le premier a été la vague des occupations de places publiques, à l’image de « Occupy Wall Street » qui fut l’un des plus célèbres, mais aussi de la Puerta del Sol à Madrid, qui a donné naissance au parti de gauche Podemos. 

Mais l’autre tendance lourde a été l’émergence de mouvements et partis décrits selon les cas comme populistes ou de droite extrême, comme le Mouvement 5 étoiles en Italie, fondé en 2009. 

Cette vague a également touché des gouvernements établis, comme en Hongrie, inspiré des démagogues comme le président philippin, et bien sûr, le plus célèbre d’entre eux, Donald Trump, à la tête de la première puissance mondiale.

L’histoire nous enseigne que les crises financières peuvent être fatales. L’historien américain Charles Kindleberger considère que le krach de 1929 est directement responsable de la Seconde Guerre Mondiale. Un parallèle effrayant car si on s’imagine dix ans après la crise de 29, on se trouve à la veille du déclenchement de la guerre.

Les analogies historiques ont évidemment leurs limites et l’histoire ne se répète jamais à l’identique. Mais il n’est pas interdit d’en tirer des leçons.

En particulier celle qui, comme le souligne Thierry de Montbrial dans le rapport annuel Ramses paru hier, établit « un lien entre la légitimité et l’efficacité d’un régime particulier ». Un système inefficace finit par perdre sa légitimité, même démocratique. 

C’est le doute qu’a installé la crise de 2008 dans l’esprit de nombreux citoyens, et l’Europe, qui s’est montrée si fragile et chaotique dans cette période, est aujourd’hui confrontée aux conséquences de ce doute.

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