Pour cause de Covid, le sommet Chine-UE se tiendra en visioconférence, mais les Européens ont durci le ton vis-à-vis de Pékin, tant sur les sujets économiques que politiques.

Xi Jinping, Emmanuel Macron et Angela Merkel, le 26 mars 2019 à Paris, les débuts de l’« européanisation » de la politique chinoise. Nouvelle étape ce lundi en visioconférence.
Xi Jinping, Emmanuel Macron et Angela Merkel, le 26 mars 2019 à Paris, les débuts de l’« européanisation » de la politique chinoise. Nouvelle étape ce lundi en visioconférence. © AFP / ludovic MARIN / AFP

Dans les nombreux défis que doit relever l’Union européenne, l’un des plus importants est sa relation à la Chine, la superpuissance émergente du 21ème siècle, en rivalité ouverte avec les États-Unis. LE sommet d’aujourd’hui, en visioconférence, avec le numéro un chinois Xi Jinping, intervient en pleine gestation d’une politique commune des « 27 » avec Pékin.

Jusqu’ici, les relations avec la Chine étaient d’abord bilatérales, France-Chine ; Allemagne-Chine etc. ; Pékin avait su tirer avantage de ces rapports morcelés, jouant sur les concurrences économiques ; et se payant même le luxe de s’offrir une zone d’influence au sein de l’Union européenne, grâce à des investissements ciblés, principalement à l’Est et au Sud.

Cette ère a pris fin l’an dernier, avec une ébauche de stratégie commune établie par la Commission de Bruxelles, et par un Sommet-surprise à Paris lors d’une visite de Xi Jinping, élargi à l’Allemagne et à la Commission. Depuis, l’européanisation de la politique chinoise est en marche : il était temps car l’« enjeu chinois » est devenu central – et problématique.

L’enjeu de cette « européanisation »  est, en réalité, de définir la place de l’Europe dans le monde. Est-elle vouée à s’aligner automatiquement sur la politique américaine, comme au temps de la guerre froide avec l’URSS, ou a-t-elle des intérêts spécifiques à défendre, aussi bien face à Washington qu’à Pékin ?

C’est un enjeu crucial pour l’Europe, mais la réponse est complexe. Les Européens ne veulent pas reprendre le ton guerrier de l’administration Trump, mais face au durcissement chinois à Hong Kong ou contre les populations Ouigour, ou dans le mensonge initial sur le coronavirus, se taire est devenu impossible. Y a-t-il encore une troisième voie possible ?

Emmanuel Macron a montré dans ses hésitations la difficulté de définir une voie autonome. La semaine dernière, il s’est enfin résolu à critiquer en des termes inédits jusqu’ici, la politique chinoise d’internement de plus d’un million de Ouigours dans l’ouest de la Chine. Il l’a fait dans une lettre au député Aurélien Taché, qualifiant d’« inacceptables » ces pratiques répressives.

L’Europe ne parle pas encore d’une seule voix, car le clientélisme chinois a laissé des traces. Mais le sommet d’aujourd’hui a été précédé d’un entretien, vendredi, entre la Chancelière Angela Merkel, qui assure la Présidence tournante de l’Union, et Emmanuel Macron. 

La France et l’Allemagne, les deux principaux interlocuteurs de Pékin, sont désormais au diapason pour réclamer de la Chine la réciprocité dans les pratiques économiques, pour recommencer à parler des droits de l’homme qui avaient totalement disparu, tout en préservant un dialogue avec Pékin sur les enjeux climatiques ou multilatéraux, contrairement à l’administration Trump qui brûle tous les ponts.

La Chine est-elle capable de faire les concessions nécessaires pour laisser ouvert ce canal avec l’Europe ? Ou s’enfermera-t-elle dans sa rigidité où l’a conduite le règne de Xi Jinping ? Pékin a jusqu’ici semblé vouloir pousser l’Europe à la neutralité dans son conflit avec les États-Unis, sans rien lâcher : c’est devenu impossible.

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