Ce matin, direction l'Islande avec le parti des pirates qui se prépare à l'abordage du pouvoir...

Reykjavík
Reykjavík © Getty / Federica Gentile

Vous avez bien entendu : des Pirates s'apprêtent à prendre le pouvoir dans un pays européen. Alors bien sûr, c'est l'Islande, un pays de 300.000 habitants, la population de Nantes, mais tout de même.

Des élections anticipées auront lieu le 29 octobre prochain et le Parti des pirates, selon les sondages, récolterait entre 26 et 30% des suffrages, devançant ainsi le Parti de l'indépendance et devenant le 1er parti du pays.

Qui sont ces pirates islandais ? C'est un parti qui veut la démocratie directe mais aussi décriminaliser les drogues, augmenter les impôts des plus riches et faire des bureaux de vote des points de ralliement pour Pokemons, histoire d'attirer les jeunes électeurs.

En Islande comme ailleurs, on ne prend pas le pouvoir avec 30% des voix !

Vous avez raison, ils devront trouver un partenaire de coalition, ce qui ne devrait pas être difficile, puisque les Verts sont donnés à 12 ou 13%.

Mais la vraie question est de savoir quelle mouche a piqué les Islandais pour accorder leur confiance à un parti un peu foutraque et résolument contestataire ? La réponse est la même dans toute l'Europe, et c'est cela qui est intéressant :

La crise de 2008 a frappé très durement l'Islande, mettant en faillite la quasi totalité des banques locales et entrainant une chute vertigineuse de la monnaie, la couronne islandaise.

La réaction des Islandais a pourtant été dure : ils ont mis en prison – et c'est unique dans le monde occidental – les banquiers fraudeurs. 29 anciens dirigeants de banques et de fonds d'investissements islandais purgent des peines de 5 à 10 ans de prison.

Ensuite, ils ont élu en 2010 à la tête de leur capitale, Reykjavik, un certain Jon Gnarr, qui était mieux connu pour ces sketchs comiques à la télévision que pour la profondeur de sa pensée politique. Il avait d'ailleurs inauguré son mandat habillé en drag-queen.

Aujourd'hui, logiquement, c'est un parti contestataire qui relève le gant...

Logiquement, pas tant que cela : le pays va mieux, économiquement les Islandais sont sortis d'affaire. Jusqu'à ce qu'ils se rendent compte que leur 1er ministre dissimulait des millions d'euros dans des paradis fiscaux.

C'est la fameuse affaire des Panama papers. Et pour en rajouter une louche, les journaux locaux ont appris aux Islandais médusés que leurs banquiers prisonniers se faisaient livrer des petits plats chauds dans leurs cellules redécorées à leur frais.

En clair, en Islande comme ailleurs en Europe, on assiste non seulement à une révolte contre les élites qui, décidément, n'ont rien appris, mais contre un accroissement devenu insupportable des inégalités.

La réponse islandaise, comme grecque ou espagnole, est à la dilution maximum du pouvoir, par le biais de la démocratie directe. Dans d'autres pays, dont la France, les Pays-Bas ou l'Est de l'Europe, on recherche l'homme ou la femme providentielle.

Celle ou celui qui concentrera entre ses mains l'essentiel du pouvoir pour mieux en finir, pense-t-on, avec les baronnies, les privilèges, les petits marquis. Et à votre avis, qui est le plus dangereux ?

Ceux qui, comme le Parti des pirates en Islande, Syriza en Grèce ou Podemos en Espagne, doivent composer, trouver des compromis, s'allier pour gouverner, ou ceux qu'une seule et unique élection risque de placer à la tête de l'Etat, et ce sans partage ?

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