Aujourd'hui, retour sur les manifestations de Charlottesville de ce week-end...

Devant la statue du statue équestre du général Lee, commandant de l'armée confédérée pendant la Guerre de sécession américaine, à Charlottesville, le 12 août 2017
Devant la statue du statue équestre du général Lee, commandant de l'armée confédérée pendant la Guerre de sécession américaine, à Charlottesville, le 12 août 2017 © Reuters / Joshua Roberts

Parce qu'au-delà de l'attentat horrible qui a fait 3 morts et de la polémique sur les réactions à plusieurs étages du président Trump, il y a à l'origine de ces manifestations, opposant néo-nazis aux militants antiracistes, une statue.

Une statue équestre du général Lee, commandant de l'armée confédérée pendant la Guerre de sécession américaine : une guerre civile opposant esclavagistes et abolitionnistes, pour faire très vite, et qui s'est achevée en 1865, il a 150 ans.

Il y aurait aux Etats-Unis entre 700 et un millier de statues, monuments et plaques en l'honneur des perdants confédérés. Dont la statue de Charlottesville qui était donc sur le point d'être déboulonnée.

La nouveauté, c'est qu'on commence à les retirer ces monuments...

Il a fallu la mobilisation des Noirs américains, derrière le mouvement Black Lives Matter, après le massacre dans l'église de Charleston, en juin 2015, 9 morts, puis les émeutes de Charlotte, au Texas.

De la Nouvelle Orléans à Baltimore, de Lexington à Charlottesville, donc, 9 statues et monuments confédérés ont été retirés. C'est peu, mais le mouvement ne fait que commencer et désormais, il mobilise contre lui l'extrême droite raciste et identitaire.

Et voilà donc un débat vieux de 150 ans qui oppose deux visions de l'Amérique – une multiculturelle et une autre fondée sur la hiérarchie des races et des identités – qui vient à nouveau de faire des victimes.

Mais les Etats-Unis sont loin d'être isolé dans cette guerre des statues...

En Afrique du Sud, où il a fallu des années à des militants noirs pour déboulonner la statue de Cecil Rhodes, un fervent partisan de la ségrégation raciale, qui trônait depuis 1934 dans la ville du Cap.

Le plus étonnant, c'est qu'une université d'Oxford, en Grande-Bretagne, a refusé en 2016 de déboulonner une statue du même homme. Il faut dire que Cecil Rhodes est aussi l'homme de la colonisation britannique de l’Afrique du Sud.

A l'inverse, à Cambridge, un bronze représentant un coq, ramené du Nigéria au XIXe siècle comme une sorte de prise de guerre après la conquête du pays, et placé à l’entrée d’un des collèges de la cité estudiantine, a été retiré après mobilisation.

En fait partout en Europe, des statues polarisent les haines : des monuments commémorant l'Armée rouge en Europe de l'est à la statue de Balint Homan, ministre antisémite pendant la 2nde guerre mondiale, inaugurée en 2015 en Hongrie.

Il reste même en Espagne, une statue de Franco !

Elles ont pourtant toutes été démontées, une à une, certaines pas plus tard que l'année dernière. Et pourtant, il en reste une. Une seule. Elle se trouve à Melilla, la ville-enclave espagnole au Maroc.

En France aussi il y a une crispation identique autour de monuments à la guerre d'Algérie. Et le débat est loin d'être clos : comme lorsque le président Macron déclarait, en pleine campagne électorale, fort justement à mon avis, que la colonisation était un crime contre l'humanité.

Des rapatriés ou descendants de rapatriés d'Algérie se sont sentis visés alors qu'ils sont, finalement, au nombre des victimes puisqu'ils ont tout perdu. Partout donc des guerres de mémoire qui infectent le tissu social et empêche toute réconciliation...

Même 150 ans après les faits, comme pour la guerre de sécession américaine...

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