Ce ne sont pas que des mots ou, plutôt, ces mots portent. Quand le porte-parole de la Maison-Blanche qualifie la Syrie d’« Etat terroriste et véritablement voyou », quand le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, affirme qu’elle a récemment procédé à des tests d’armes chimiques et que le secrétaire d’Etat, Colin Powell, annonce que les Etats-Unis vont examiner de « possibles mesures diplomatiques ou économiques » à prendre contre elle, il y a là, comme on dit à Washington, un « message ». Ce n’est pas qu’une offensive américaine contre la Syrie soit pour demain mais si les dirigeants syriens « ne comprennent pas leurs obligations » c’est Colin Powell qui parle, ne comprennent pas la leçon irakienne, alors, oui, l’hypothèse d’une deuxième guerre deviendra crédible, voire probable. On a peine à le concevoir mais c’est ainsi car lorsque les Américains expliquaient leurs buts de guerre en Irak, ils ne mentaient pas. Ils parlaient vrai. Les Américains, ou du moins leur Président et son équipe, se sont vraiment convaincus – on l’a souvent dit dans cette chronique – que le terrorisme islamiste se nourrit de la corruption et de l’impéritie des dictatures arabes, de régimes que les Etats-Unis avaient protégés aux temps du communisme et qu’il leur faut maintenant aller renverser pour devenir les libérateurs d’un monde qui leur en deviendra, par là, reconnaissant. Cela peut sembler fou, mais c’est ainsi que raisonnent Georges Bush et ses conseillers. Enhardis de n’avoir finalement mis que trois semaines pour gagner à Bagdad, c’est donc très logiquement qu’ils tournent maintenant leurs regards vers le régime syrien, une autre dictature, pas moins sanglante que celle de Saddam et qui a, de surcroît, le tort d’héberger les états-majors de deux organisations terroristes palestiniennes, le Hamas et le Jihad islamique. Comme en Irak, les armes de destruction de masse, si tant est que Damas en possède, ne sont qu’un prétexte. Pas plus qu’en Irak, il n’y a pas de motivations pétrolières cachées, d’autant moins qu’il y a peu de pétrole en Syrie. L’objectif est là encore de faire tomber un régime qui, comme celui de Saddam, s’appuie sur un minorité, les Alaouites en l’occurrence, contre d’autres minorités et une majorité, sunnite dans ce cas, qui haïssent le pouvoir en place. Aucune raison donc, pense-t-on à Washington, de ne pas battre le fer tant qu’il est chaud car Georges Bush, il faudra finir par le voir, a mis au service de la puissance et de la sécurité américaine un nouveau messianisme révolutionnaire, une exportation, par la force, des horizons américains. Daniel Cohn-Bendit l’a déjà fait remarquer. Georges Bush est, en ce sens, un nouveau Bolchevik, un homme prêt à beaucoup d’aventures pour imposer sa conception du bien en dénonçant, comme les Bolcheviks, d’incontestables maux. Il est d’autant plus inquiétant que, contrairement aux Bolcheviks, il n’a personne en face de lui pour s’opposer à ces entreprises et qu’il est impossible de le raisonner. Il a Dieu pour lui, la force que lui a donné la vertu américaine. Il prie. Seul le chaos l’arrêterait mais, outre qu’il ne sera pas immédiat, on peut difficilement le souhaiter.

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