C’est un double retournement qu’a connu, hier, le Proche-Orient. Non seulement Ariel Sharon, partisan, jusqu’à l’année dernière, du Grand Israël, va maintenant devenir l’homme qui aura rendu Gaza aux Palestiniens mais l’Iran, que les Etats-Unis dénonçaient, ces derniers jours encore, comme l’incarnation du mal, prend désormais pied en Irak pour y tenter une médiation, à la demande des Britanniques et avec l’assentiment américain. Tout change, dans toute la région, mais où cela peut-il mener ? En Irak, on le saura vite. Première hypothèse, les médiateurs iraniens, conduits par un diplomate de très haut rang, Hossein Sadeghi, responsable de la région du Golfe au ministère des Affaires étrangères, ne parviennent pas à trouver un compromis entre les Américains et Moqtada Sadr, le jeune leader chiite radical. L’assaut est alors donné contre Najaf, la ville sainte où l’imam Sadr s’est réfugié. Les combats sont violents et que l’iman soit arrêté, tué où réussisse à s’enfuir, la dégradation de la situation s’accélère dans tout le pays, décuplant la difficulté à trouver une sortie de crise. C’est l’hypothèse noire mais il n’est pas impossible que, poussés par les Britanniques, les Américains acceptent le marché que leur propose Moqtada Sadr, la transformation de sa milice en mouvement politique et la suspension, en échange, des poursuites judiciaires engagées contre lui jusqu’à la mise en place d’un gouvernement irakien. Dans cette hypothèse là, les Iraniens deviennent ceux grâce auxquels le pire aurait été évité en Irak. Le régime iranien que les Américains espéraient renverser après avoir renversé Saddam est, au contraire renforcé. Les Iraniens s’installent dans un rôle de médiateurs, de recours, de garants de la stabilité et il ne serait alors plus exclu que l’Irak, après bien des épisodes, puisse vraiment aller à des élections en janvier prochain, que les chiites y prennent le pouvoir, par la loi du nombre, que l’Iran y étende son influence et que la Turquie ne trouve qu’avantage à cette évolution qui lui permettrait d’éviter une indépendance du Kurdistan. Dans cette hypothèse, les Etats-Unis auraient une porte de sortie honorable mais les grands perdants seraient non seulement les Kurdes mais aussi les sunnites et, surtout, l’Arabie saoudite, soudain très isolée par son ancienne puissance coloniale, la Turquie, et son grand rival, l’Iran chiite. Tout le paysage régional en serait changé, un nouveau chapitre s’ouvrirait au Proche-Orient. Pour ce qui est, maintenant, du retrait israélien de Gaza, l’incertitude est la même. Première hypothèse, ce retrait débouche sur une prise de contrôle de Gaza par le Hamas ou des combats entre le Hamas et l’Autorité palestinienne. Gaza sombre dans l’anarchie, devient une plate-forme du terrorisme et le conflit s’aggrave. Seconde hypothèse, les Palestiniens s’unissent – ils négocient en ce moment - marquent ainsi des points politiques et la pression internationale obligerait alors les Israéliens à se retirer aussi de Cisjordanie en offrant des compensations territoriales pour les colonies qu’ils vont annexer de fait. L’interaction entre les évolutions irakienne et palestinienne sera très grande. La situation est ouverte. La donne vient de changer.

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