En Grande-Bretagne, elle est au pouvoir mais en chute libre dans les sondages. En Espagne, elle vient d’être réélue mais n’a dû sa victoire qu’au passéisme clérical de ses adversaires. En France, elle ne parvient pas à reprendre l’offensive malgré la défaveur dans laquelle est tombé Nicolas Sarkozy. En Allemagne, elle gouverne avec la droite mais perd sur sa gauche comme au centre et elle vient, maintenant, de perdre en Italie. Au pouvoir dans presque toute l’Union à la fin des années 90, la gauche y a presque partout été renvoyée, aujourd’hui, dans l’opposition. Il y a trois raisons à cela. La première est que le monde a radicalement changé depuis 30 ans, depuis ces années soixante-dix au cours desquelles on a simultanément vu s’achever la période de reconstruction de l’après-guerre, le chômage renaître, les prix de l’énergie s’envoler et apparaître les premiers concurrents, Corée du Sud et Japon, de ce monde occidental qui avaient été le berceau de la révolution industrielle et du mouvement ouvrier. Dans la décennie suivante, le Mur de Berlin s’écroulait, la Chine entamait sa triomphale révolution économique, on découvrait que l’Inde n’était plus un pays du tiers-monde mais un géant en plein élan. La fin du siècle passé a vu s’achever le monopole industriel de l’Europe et des Etats-Unis et, face à la concurrence de pays à bas salaire et sans protection sociale, l’Occident s’est trouvé confronté au défi de serrer et réduire ses coûts de production, de revoir à la baisse ses protections sociales. Or cet Etat-Providence, retraites, droits du travail, congés payés et couverture médicale, c’était la gauche. C’était son invention. Elle en incarnait le constant progrès mais elle ne peut plus guère le promouvoir aujourd’hui. La deuxième raison des difficultés de la gauche est que la conjonction de ce changement structurel, d’une révolution technologique qui a démantelé les grands bastions ouvriers, de la mondialisation économique, de la liberté de circulation des capitaux et de la fin de la menace communiste, a totalement renversé le rapport de forces entre le Capital et le Travail et considérablement affaibli les Etats. L’argent est redevenu tout puissant. Les Etats nations sont impuissants à réguler les marchés. Le seul moyen qu’auraient les gauches européennes de recréer une puissance publique pouvant imposer ses arbitrages serait de le faire au niveau européen mais l’idée même d’unification politique de l’Europe est devenue impopulaire, particulièrement parmi les électeurs les plus à gauche qui n’y voient pas un rempart contre les lois du marché mais, au contraire, leur instrument qu’il faudrait combattre. Et puis, dernier point, coup de grâce, la gauche est si occupée à reprendre ses esprits sous tant de chocs qu’elle ne voit pas encore les dogmes libéraux s’essouffler, le besoin d’Etat revenir et n’a pas déjà su sauter sur ce tremplin. L’heure serait à la construction d’une gauche paneuropéenne, capable de prendre le pouvoir dans l’Union et d’y réinventer l’Etat. La gauche le sent, entreprend d’y travailler mais elle en est encore loin.

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