Il faut toujours penser, en politique, aux coups d’après. Les discussions sur de nouvelles sanctions économiques contre l’Iran ont repris, hier, entre les membres permanents du Conseil de sécurité. Maintenant que la Chine s’est ralliée, lundi, au principe de ces sanctions, elles devraient entrer en vigueur après quelques semaines ou mois, peut-être, de marchandage sur leur ampleur mais, cette étape franchie, que se passera-t-il ? Le plus probable est que l’Union européenne, les Etats-Unis, plusieurs autres pays sans doute aussi, ajouteront leurs propres sanctions, plus dures, à celles qu’aura décrétées l’Onu. Ce sera la deuxième étape, un bras de fer économico-politique qui constituera un rude défi pour le régime iranien. Ce n’est pas qu’il devra automatiquement céder. Les sanctions se contournent. Il suffit pour cela de tout payer plus cher et l’on trouve toujours des entreprises ou des Etats prêts à prendre des risques pour engranger des bénéfices sans pareils ou obtenir des contreparties politiques. Le régime iranien ne sera pas immédiatement étranglé par ce cumul de sanctions mais lorsqu’on doit déjà faire face à une inflation flirtant avec les 20%, à un lourd déficit budgétaire, à une crise politique majeure et à un mécontentement social croissant, il n’est pas facile d’encaisser, en plus, des restrictions sur ses activités commerciales et financières, sa circulation maritime et ses ventes de pétrole, surtout, qui pourraient baisser d’un tiers, faute d’acheteurs, alors que ce pays en tire l’essentiel de ses ressources. Ces sanctions pèseront lourd et peuvent donc avoir deux conséquences possibles. Premier scénario, le régime iranien se convainc que la partie n’est plus jouable. Il amorce des gestes d’ouverture et une négociation s’engage, au terme de laquelle la République islamique renoncerait à l’arme nucléaire en échange de sa complète réintégration dans l’économie mondiale, de garanties de sécurité et d’une reconnaissance par les Etats-Unis et l’ensemble des grandes puissances de sa place et de son rôle de première puissance régionale. Ce serait l’intérêt de l’Iran qui aurait tout à y gagner. C’est un scénario qu’on ne peut pas exclure et que les puissances émergentes voudraient favoriser, aussitôt que possible, avec l’aide de la Turquie. Elles vont s’y employer dès aujourd’hui avec l’espoir de faire comprendre au régime iranien que, plus tôt il se montrerait prêt au compromis, mieux se serait pour tout le monde et pour lui-même. Ce serait effectivement l’issue heureuse pour tous même si elle demandait du temps mais on ne peut pas exclure que ce régime craigne de se condamner en s’ouvrant au monde extérieur et qu’il choisisse plutôt de faire monter les enchères, en Irak, en Afghanistan et au Liban, dans l’espoir de faire reculer les Etats-Unis. Il dispose d’assez de relais régionaux pour tenter de le faire mais il jouerait, là, avec le feu car il risquerait alors de se heurter à un vrai front, non seulement de l’Europe et des Etats-Unis mais également de la Chine et de la Russie dont Barack Obama, l’Iran en tête, s’est beaucoup rapproché. La partie ne fait que commencer mais la donne n’est pas favorable à Téhéran.

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