Il s’est créé ce matin une situation profondément inédite sur la scène internationale. Dans une tribune publiée par plusieurs grands titres dont Le Figaro en France, le Premier ministre britannique et les présidents américain et français écrivent qu’il est « impossible d’imaginer un avenir pour la Libye avec Kadhafi au pouvoir », que « tout arrangement qui le laisserait aux commandes conduirait à plus de chaos et d’anarchie » et qu'il doit "partir et vraiment partir, afin qu’une véritable transition de la dictature à un processus constitutionnel puisse réellement s’enclencher". Barack Obama, Nicolas Sarkozy et David Cameron se gardent, dans ce texte, de sortir du cadre de la résolution de l’Onu dont ils rappellent qu’elle n’autorise pas le renversement du colonel par la force mais seulement la protection des civils libyens. Il ne s’agit pas, disent-ils par là, de s’attaquer directement à lui mais tant qu’il sera là, écrivent-ils noir sur blanc, les opérations militaires « se poursuivront afin que la population libyenne demeure protégée et que la pression sur son régime se renforce ». L’objectif commun des Etats-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne est ainsi d’amener ce pouvoir à se séparer de son chef, à faire rentrer l’armée dans ses casernes et à accepter que « le peuple libyen puisse choisir son avenir » – autrement dit à accepter un cessez-le-feu s’accompagnant d’un retrait de Muamar Kadhafi et ouvrant la voie à des élections libres. Ce n’est pas seulement une situation nouvelle parce que les trois principales puissances militaires occidentales sont désormais d’accord sur l’objectif politique à poursuivre en Libye. Ce n’était pas le cas jusqu’à présent, en tout cas pas clairement pour ce qui est des Etats-Unis qui se sont maintenant explicitement ralliés à la position de la France et de la Grande-Bretagne. Cela change la donne. L’entourage du colonel Kadhafi sait depuis ce matin que les opérations militaires dureront jusqu’à son retrait et qu’il faudra donc finir par négocier un compromis avec les insurgés et leurs protecteurs. Un nouvel avenir se dessine pour la Libye mais, bien au-delà de cela, cette tribune des dirigeants français, britannique et américain marque des changements autrement plus profonds. La dernière fois que la France et la Grande-Bretagne avaient décidé d’agir seules sur la scène internationale, les Etats-Unis les avaient immédiatement rappelées à l’ordre en sifflant la fin de la partie. C'était l'opération de Suez. C’était en 1956 et, là, c’est exactement le contraire. Paris et Londres ont pris l’initiative dans l’affaire libyenne, ont amené Washington à les soutenir au Conseil de sécurité et, depuis ce matin, les Etats-Unis se rangent à une politique définie par des Européens tout en les laissant, militairement parlant, en première ligne puisque Barack Obama continue de refuser de prendre la tête de cette intervention. Tout en la suivant, l’Amérique laisse faire une Europe dont la France et la Grande-Bretagne ont désormais pris, dans cette affaire, les commandes politiques. C’est une situation totalement inédite aussi bien dans les rapports entre les Etats-Unis et l’Europe qu’au sein de l’Europe elle-même.

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