L’ambassadeur turc au Vatican a été rappelé pour consultations. A Ankara, le nonce a été convoqué aux Affaires étrangères. Président de la République en tête, les dirigeants turcs s’époumonent à dénoncer des propos « partiaux et inappropriés ». C’est la crise entre le Saint Siège et la Turquie et la raison en est cette dénonciation par le pape, claire et sans ambages, du génocide dont les Arméniens de Turquie ont été victimes il y a exactement un siècle.

« Au siècle dernier, notre famille humaine a traversé trois tragédies massives et sans précédent et la première, largement considérée comme le premier génocide du XX° siècle, a frappé votre peuple arménien », avait lancé François dans un message aux Arméniens lu, dimanche, au début d’une messe à laquelle avaient été conviés non seulement de hauts dignitaires religieux arméniens mais également le président de l’Arménie, petit Etat sorti de l’Union soviétique. Il s’agissait là d’une déclaration que le pape avait ainsi voulue solennelle, voire retentissante, et il faut l’en applaudir et le remercier.

Il le faut, car en cette année du centenaire de ce crime, le refus d’en reconnaître la réalité dans lequel s’obstine la Turquie devient proprement insupportable. Il pouvait être explicable - non pas excusable mais explicable - lorsque la Turquie contemporaine, a peine remise de la perte de son immense Empire, en était encore à se construire et s’affirmer sur la scène internationale. Ce n’était pas le moment, pouvait-elle se dire alors, de s’accabler d’un crime que le monde avait, qui plus est, largement oublié et auquel beaucoup des fondateurs de la nouvelle Turquie avaient eux-mêmes participé.

Au crime d’Etat succédait le mensonge d’Etat que la raison d’Etat commandait mais, bon… Peut-être pouvait-on comprendre comme on a longtemps pu comprendre que la Turquie d’après-guerre ait persisté dans ce déni, prise qu’elle était entre ses permanents coups d’Etat militaires et la violence de ses indépendantistes kurdes. Reconnaître le génocide des Arméniens aurait pu affaiblir un pays confronté à cette menace de fractionnement...

Peut-être. Admettons-le, mais aujourd’hui ? La Turquie est aujourd’hui une puissance économique en plein développement. La violence kurde a fait place à des négociations difficiles mais prometteuses. Plus rien ne menace la Turquie mais, malgré les appels des plus nobles de ses intellectuels, c’est toujours non. La Turquie, encore et toujours, persiste dans un déni que plus rien ne peut expliquer, si ce n’est un orgueil de puissance et, sans doute aussi, la crainte de demandes de réparations financières et de restitutions de biens volés.

L’Eglise catholique se devait de marquer le centenaire du génocide des chrétiens que sont les Arméniens et François a d’autant plus tenu à le faire que d’autres chrétiens, ceux du Proche-Orient, sont en ce moment même chassés de leurs pays par la terreur et le sang.

Ne pas parler aussi fort de ce génocide eût ainsi été se résigner au silence sur le martyre d’aujourd’hui que François a, au contraire, dénoncé dans le même souffle en parlant du « cri étouffé et négligé de nos frères et sœurs décapités, crucifiés, brûles vifs, ou bien contraints d’abandonner leur terre ».

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