Il y a une deuxième réaction possible, mais la première est sans appel. Eh bien non, M. le président, se disait-on hier en voyant François Hollande répondre aux questions qui lui étaient posées à la télévision, non, M. le président, un chef d’Etat n’est pas fait pour détailler à n’en plus finir des mesures, bonnes ou mauvaises, prises pour pallier ceci ou cela.

L’augmentation du nombre de bourses, le nombre de formations offertes aux chômeurs ou le numéro d’appel pour signaler des jeunes gens tentés par le djihadisme, c’est important, bien sûr, mais cela relève des ministres concernés et pas du président de la République.

Ce qu’on attend d’un homme d’Etat, c’est une vision, une explication de la situation de son pays dans un monde en plein changement et des propositions de fond à court, moyen et long terme pour une France, en l’occurrence, qui ne sait plus où elle va et en tombe dans une dépression collective dont l’excès devient mortifère.

Il n’y eut rien de cela dans les propos d’hier. Il n’y eut pas un mot sur l’Union européenne qui se défait, rien sur nos points forts et nos points faibles, absolument rien sur les priorités à nous fixer pour surmonter ce qui est évidemment une mauvaise passe et l’on ne pouvait ainsi s’empêcher de penser, eh bien, non, M. le président, ça ne colle pas, erreur de casting, vous n’étiez pas fait pour la fonction. Vous, je ne sais pas mais, moi, je me le suis dit durant toute cette émission et puis…

Comment dire ?

François Hollande était tellement à la peine que c’en était gênant mais… Quel autre homme d’Etat fait aujourd’hui mieux ?

Dans la crise des réfugiés, Angela Merkel a été la seule à sauver l’honneur de l’Europe, la seule, mais elle a pourtant fini, bien obligée, par déclarer forfait et, pour ce qui est du reste, elle a plongé l’Union dans une crise gravissime en réussissant à lui imposer une politique de rigueur qui l’a rendue profondément impopulaire en réduisant sa croissance. Barack Obama ?

Il aura eu un immense mérite qui est la généralisation de la couverture santé mais son bilan s’arrête à peu près là. David Cameron ? N’en parlons pas. Dilma Rousseff ? On sait. Vladimir Poutine ? Il a regagné la Crimée mais perdu l’Ukraine et sa gestion économique est un simple désastre.

Cela n’enlève rien aux critiques à faire à François Hollande mais les relativise beaucoup car le fait est que dans un monde qui enterre une économie sans que l’on sache encore bien quelle sera la prochaine, dans un monde bouleversé par l’émergence de nouvelles puissances mettant à bas le monopole occidental sur les affaires internationales, dans un monde où chacun a peur de l’avenir et se replie sur les nostalgies d’un passé mythifié, dans un monde à tant d’inconnues qu’il est ingérable, il est devenu difficile, voire impossible à un chef d’Etat de ne pas décevoir.

C’est malheureusement une règle et le plus grand tort de François Hollande est de ne pas y échapper.

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