Les principaux créanciers de l’Afrique ont pris une décision bienvenue : supprimer les remboursements de la dette des pays les plus pauvres cette année. Emmanuel Macron a demandé plus : une "annulation massive" de la dette de l’Afrique.

Un employé municipal à Dakar veille sur des sacs de nourriture devant être distribués aux habitants les plus pauvres pour faire face à l’épidémie de coronavirus.
Un employé municipal à Dakar veille sur des sacs de nourriture devant être distribués aux habitants les plus pauvres pour faire face à l’épidémie de coronavirus. © AFP / SEYLLOU / AFP

Il est rare, sinon exceptionnel, qu’un consensus international se dégage aussi vite en ce moment, balayant les égoïsmes nationaux et les stratégies de puissances. 

Les plus grandes économies mondiales, elles-mêmes plongées dans la crise, ont fait hier un geste important en faveur des pays les plus pauvres. Elles les ont exemptés de rembourser leur dette cette année, soit quelques 20 milliards de dollars d’économies, qui pourront être affectés à la lutte contre le coronavirus.

Le plus remarquable, c’est que cette mesure a d’abord été adoptée au sein des instances de créanciers occidentaux, le G7 et le Club de Paris. Mais la mesure était conditionnée à l’accord des autres créanciers, et en particulier la Chine et les pays du G20. C’est chose faite, et elle devrait être formalisée aujourd’hui.

76 pays, dont 40 en Afrique sub-saharienne, sont concernés par cette suspension, qui était demandée depuis quelques jours par l’Union africaine et les sociétés civiles en Afrique. Le continent voit monter le nombre de cas de Covid-19, et redoute d’être la prochaine cible de la pandémie, avec des systèmes de santé et des finances bien moins préparés que l’Europe, qui a pourtant souffert.

Mais ce n’est qu’un premier pas

Dans le discours d’Emmanuel Macron lundi soir, une phrase a été éclipsée par les annonces sur la sortie du confinement. Le Président a réclamé une "annulation massive" de la dette des pays africains, c’est-à-dire bien plus qu’une suspension des remboursements. C’est audacieux, mais pas simple à obtenir.

Plusieurs pays sont réticents à s’engager sur la voie de l’annulation de dette, à commencer par la Chine, gros créancier de l’Afrique dans le cadre des nouvelles "Routes de la Soie". La Chine détiendrait jusqu’à 40% des dettes du continent.

Cette question est centrale à la relation entre Pékin et ses partenaires, au point qu’on a commencé à parler du "piège de la dette" : un pays s’endette au-delà du raisonnable, dans des conditions souvent opaques, pour un projet d’infrastructure chinois, et s’il est en difficulté pour rembourser, il doit céder ce projet à la Chine. C’est arrivé pour un port au Sri Lanka. Renoncer à la dette, c’est pour Pékin se priver d’un instrument d’influence.

D’ailleurs, la politisation de cette question est totale

Emmanuel Macron, qui se fait ici l’avocat des pays africains à l’heure du coronavirus, se voit soupçonner, comme l’écrit un dissident congolais, d’activer une "diplomatie de l’effacement de la dette" en réponse à la "diplomatie du masque" de la Chine. Et de réclamer une conditionnalité de démocratisation et de transparence.

Mais le coronavirus menace de faire faire un bond en arrière de dix ou vingt ans aux économies d’une partie du continent, et aux plus précaires de ses habitants. Il faut donc agir vite, c’est le sens d’un appel lancé ce matin dans le Financial Times par plusieurs dirigeants européens et africains, dont Emmanuel Macron et Angela Merkel, les présidents d’Afrique du Sud, du Sénégal ou le premier ministre éthiopien. Ils demandent 100 milliards de dollars d’aide pour l’Afrique, car, disent-ils, "seule une victoire en Afrique peut permettre de battre le coronavirus partout".

L’urgence était de suspendre les remboursements. Mais il faut aller plus loin pour que ces pays ne soient pas éternellement relégués par le handicap de la dette, hérité du monde d’"avant".

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