C’est un incident qui en dit long sur les vraies lignes de front proche-orientales. Ismaël Haniyeh, membre du Hamas et Premier ministre palestinien depuis que les islamistes ont remporté les élections législatives de janvier dernier, rentrait, hier, d’une tournée dans la région dont la dernière étape avait été l’Iran. Il rentrait plus tôt que prévu car Mahmoud Abbas, Président de l’Autorité palestinienne et chef de file du Fatah, le parti laïc fondé par Yasser Arafat, l’autre grand parti palestinien, s’apprêterait à organiser des élections anticipées pour que les électeurs tranchent le conflit croissant entre ces deux forces politiques et les deux légitimité qu’ils incarnent. Jusque là, rien que de très banal sauf que Ismaël Haniyeh se présente au point de passage de Rafah, le poste frontière entre l’Egypte et la Bande de Gaza, avec des valises contenant 35 millions de dollars en liquide qu’il venait de collecter, notamment à Téhéran. Il les déclare aux Egyptiens et, là, tout se bloque. Le Premier ministre palestinien est empêché de pénétrer dans son propre pays. D’incroyables violences éclatent opposant, d’un côté, des miliciens du Hamas et, de l’autre, les gardes frontières égyptiens et les soldats palestiniens dépendant de Mahmoud Abbas. Le poste frontière est totalement dévasté. Le fils d’Ismaël Haniyeh est blessé et le Premier ministre ne pourra finalement entrer à Gaza qu’après avoir accepté de laisser ses trente-cinq millions en Egypte où ils devraient, apparemment, être déposés sur un compte de la Ligue arabe. En quelques heures, tout vient d’être dit sur le Proche-orient d’aujourd’hui. Oubliez le conflit israélo-arabe. Oubliez même, malgré sa violence toujours plus grande, le conflit israélo-palestinien. Dans le Proche-Orient d’aujourd’hui, le premier des conflit, encore non déclaré mais combien profond, oppose l’Iran perse et chiite aux pays arabes et sunnites qui, contre cet ennemi-là, font front avec Israël car l’ennemi de mon ennemi est mon ami. Israël, bien sûr, n’avait aucun intérêt à ce que Ismaël Haniyeh rentre à Gaza avec une pareille somme qui lui aurait permis de payer les fonctionnaires palestiniens et de les dissuader de rompre avec le gouvernement du Hamas, le sien. C’est l’évidence mais le Fatah et Mahmoud Abbas ne voulaient pas non plus que cet argent iranien entre en Palestine car il aurait infléchi, à leur détriment, le rapport de forces avec le Hamas. Quant à l’Egypte, elle ne voulait à aucun prix que ces millions permettent à l’Iran de prendre pied en Palestine car, comme tous les pays arabes et sunnites, son premier souci est désormais de stopper l’extension régionale de l’influence iranienne et chiite qui est déjà devenue déterminante en Irak et au Liban. En offrant l’Irak aux chiites et, par là même à l’Iran, l’intervention américaine a totalement bouleversé le Proche-Orient où les gouvernements israélien et sunnites marchent désormais main dans la main contre l’Iran.

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