C’est une devinette qui circulait dès la fin octobre à Wall Street. « Qui sera, demandait-on, la première victime de nos faillites bancaires ? ». « Le régime chinois », répondait-on et, de fait, si l’on n’en est pas encore là, ce régime a du souci à se faire. Quinze jours après que Hu Jintao, chef de l’Etat et patron du Parti communiste, a averti son bureau politique que « la demande extérieure s’était évidemment réduite », que « le traditionnel avantage compétitif de la Chine s’affaiblissait régulièrement » et que « la capacité du parti à gouverner serait jugée sur notre faculté à faire de cette pression une dynamique favorable », l’administration des douanes vient de publier d’inquiétantes statistiques. Nerf de l’économie chinoise, les exportations ont diminué, en novembre, de 2,2% en rythme annuel. Les importations ont, parallèlement, essuyé leur plus forte baisse depuis 1993, signe d’un ralentissement de la demande intérieure, notamment dans le domaine des matières premières dont l’industrie chinoise était devenue tellement assoiffée ces dernières années. Tout indique que la récession mondiale est très vite venue frapper la Chine dont la croissance, déjà tombée à 9% au troisième trimestre, devrait encore reculer à 7,5% l’année prochaine, soit au-dessous de la barre des 8% considérée comme nécessaire pour maintenir un niveau d’emploi acceptable. Le chômage – on ne le cache pas dans les milieux dirigeants – va se développer en Chine et cinq à dix millions de personnes, dit-on officieusement, devraient prochainement perdre leur travail dans la région côtière où nombre d’entreprises ont déjà fermé du jour au lendemain. La situation est si sérieuse que le gouvernement a annoncé, il y a un mois, un plan de relance de 4000 milliards de yuans, presque 450 milliards d’euros. L’idée est de lancer de grands travaux dans le centre du pays, resté très arriéré, mais les déplacements de populations que cela implique et le temps qu’il faudra pour que ces décisions deviennent effectives risquent de poser de gros problèmes. Outre qu’elle pourrait être rapidement porteuse de tensions politiques dans la mesure où la stabilité du régime repose sur la croissance, cette montée du chômage pourrait vite conduire les dirigeants chinois à laisser baisser leur monnaie pour doper leurs exportations. Ce pourrait être bientôt leur seule arme mais, si tel était le cas, la Chine s’engagerait dans un bras de fer commercial avec les Occidentaux, avec l’Europe et, surtout, les Etats-Unis qui lui reprochent déjà, depuis de longues années, de pratiquer un dumping monétaire pour écouler ses productions. A court ou moyen terme, on pourrait alors s’orienter vers une montée du protectionnisme, à coups de normes et de contrôle de qualité dans un premier temps, peut-être de barrières douanières ensuite en faveur desquelles de plus en plus de voix plaident en Amérique comme dans l’Union européenne. Ce n’est pas seulement la stabilité intérieure de la Chine qui est menacée par ses difficultés économiques. C’est tout l’actuel système d’échanges internationaux.

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