On peut n’être pas d’accord avec toutes les politiques de Mme Merkel. On peut, notamment, ne pas l’être avec son obsession de la rigueur budgétaire mais la chancelière allemande n’en est pas moins l’honneur de l’Europe.

Critiquée jusque dans son propre parti pour son refus de fermer la porte aux réfugiés syriens, désormais confrontée, pour la même raison, à l’incompréhension d’un Allemand sur deux, elle tient pourtant bon, argumentant, expliquant, n’ignorant aucune des craintes que son attitude suscite mais parvenant, l’un dans l’autre, à les apaiser en martelant « nous allons y arriver » car « notre pays est fort ».

Réunis hier en congrès, ses amis de la démocratie-chrétienne auraient voulu obtenir d’elle qu’elle fixe un plafond au nombre de réfugiés que l’Allemagne était disposée à accueillir. Ils auraient voulu un chiffre, forcément supérieur au million de personnes qui ont déjà trouvé refuge en République fédérale, mais elle n’a pas cédé, non, et la résolution de soutien qu’elle a finalement obtenue n’en comporte aucun.

Alors oui, cette politique d’accueil est rejetée par plusieurs pays européens et une très large part des opinions publiques. C’est un fait, mais qu’elle est l’alternative à un accueil organisé ?

Fuyant la terreur de Daesh et les bombes du régime syrien, ces réfugiés préfèrent la possibilité d’une mort en mer à la certitude de la mort frappant leurs villes et leurs villages. On pourrait, oui, les dissuader de fuir vers l’Europe en allant couler leurs coquilles de noix mais cette possibilité étant heureusement exclue, la seule chose intelligente à faire est de les répartir dans les différents pays de l’Union car il serait à tout point de vue impossible de les laisser à la charge de l’Italie et de la Grèce.

D’où l’idée des quotas, d’où celle du renforcement en cours des frontières extérieures de l’Union afin de pouvoir y faire le tri entre migrants économiques et réfugiés de guerre, d’où l’idée, enfin, de financer l’installation de réfugiés syriens en Turquie. C’est ce à quoi s’emploie l’Union. C’est ainsi que Mme Merkel compte parvenir à une « réduction perceptible » du nombre d’arrivées en Europe et en Allemagne. C’est pour cela qu’elle se démène sur tous ces fronts mais la fermeture des portes, non, elle ne l’acceptera pas car ce serait aussi inhumain qu’illusoire puisque cela n’empêcherait aucun de ces malheureux de tenter sa chance et ne ferait qu’accroître chaos et trafics dans toute l’Union.

Si Mme Merkel est l’honneur de l’Europe et de la politique ce n’est pas seulement parce qu’elle refuse l’indifférence au malheur des autres. C’est avant tout parce qu’elle sait braver l’incompréhension pour chercher des solutions à un problème plutôt que d’en nier la réalité.

Et puis encore une chose. Proche ou lointaine, le drame syrien aura une fin et, de retour chez eux, ces Syriens que nous aurons accueillis seront ce jour-là nos amis au Proche-Orient, les avocats de valeurs européennes dont ils auront bénéficié et, pour l’avenir, cela n’a simplement pas de prix.

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