Malgré l’attitude de Donald Trump qui refuse de reconnaître sa défaite, Joe Biden a été désigné 46ème Président des États-Unis par les grands électeurs américains : la solidité des institutions a eu raison d’un Président sortant au comportement non-démocratique.

Le Président-élu, Joe Biden, lors de la présentation de son plan de lutte contre le covid-19, le 8 décembre à Wilmington, Delaware.
Le Président-élu, Joe Biden, lors de la présentation de son plan de lutte contre le covid-19, le 8 décembre à Wilmington, Delaware. © AFP / Jim WATSON / AFP

Vous ne l’avez sans doute pas entendu hier soir, mais il y a eu un immense soupir de soulagement dans une bonne partie du monde. Tous ceux qui observaient avec inquiétude la guerre juridique, politique, psychologique, menée par Donald Trump pour priver son rival démocrate de sa victoire, ont été rassurés de voir que le vote des « grands électeurs » américains s’est déroulé sans le moindre incident. 

Comme prévu, Joe Biden a donc été désigné comme le 46ème Président des États-Unis

Le reste du monde, toutes tendances confondues, est resté bien silencieux ces dernières semaines sur ces remous post-électoraux. Un silence prudent et inquiet, avec une question : les institutions américaines résisteraient-elles à la dérive d’un Président qui s’accroche au pouvoir malgré l’échec de tous ses recours ?

La réponse est venue, jour après jour, des institutions elles-mêmes ; des juges des tribunaux locaux, de la Cour Suprême malgré le forcing de Trump pour en modifier les équilibres, des officiels élus dans les États-clés, soumis à forte pression pour inverser le résultat ; et enfin, hier, des grands électeurs. Donald Trump n’accepte toujours pas sa défaite, mais ses options légales sont désormais limitées.

Y avait-il selon vous une vraie menace à la démocratie américaine ? 

La question peut sembler saugrenue dans un pays comme les États-Unis. Mais il est difficile de ne pas décrire le comportement de Donald Trump comme non-démocratique.

Dans un livre paru l’an dernier, la journaliste turque Ece Temelkuran, décrivait (c’est le titre de son livre), "Comment conduire un pays à sa perte, du populisme à la dictature" (éd. Stock, 2019). Elle décrivait les "sept étapes que franchit le leader populiste et qui lui permettent de passer de personnage ridicule à celui d’autocrate sérieusement terrifiant". 

Elle se fondait évidemment sur son expérience du régime de Recep Tayyip Erdogan, en Turquie, qui l’a contrainte à l’exil ; mais elle y donnait une portée universelle, comme on a pu le constater sous toutes les latitudes, y compris en Europe.

Ce qui distingue les États-Unis de tous ces pays tombés dans ce qu’on appelle désormais l’"illibéralisme", c’est la solidité de leurs institutions. C’est ce qui leur a permis de traverser quatre années dysfonctionnelles, et de vivre une transition certes chaotique, mais qui, finalement, suit à la lettre les règles définies par la Constitution.

La démocratie américaine sortira à la fois affaiblie et renforcée de cette épreuve

Affaiblie par l’attitude d’un Président qui continue à dire, sans preuves, qu’il y a eu des fraudes massives. Mais elle sortira renforcée de ce respect du droit à chaque étape, même si une majorité d’électeurs républicains a du mal à le croire. 

Ce sera le défi numéro un de Joe Biden, à qui Donald Trump fait un procès en illégitimité, et qui devra gouverner un pays divisé.

Joe Biden a annoncé qu’il réunirait en 2021 un Sommet mondial de la démocratie, à un moment où celle-ci est sur la défensive un peu partout. L’exemple américain montre qu’elle n’est jamais acquise une fois pour toutes : une leçon à méditer.

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