Un faisceau de présomptions n’est pas une preuve. La culpabilité de la Syrie dans l’assassinat, hier, de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri n’a rien de prouvé mais si l’on se demande à qui profite le crime, la réponse est évidente. Il profite à la Syrie pour laquelle Rafic Hariri devenait un adversaire redoutable car il était en passe de prendre la tête d’une coalition décidée à obtenir le retrait des troupes syriennes du Liban et bien placée pour remporter les élections du mois de mai prochain. Privée de son chef de file, cette coalition est sérieusement affaiblie. La mainmise syrienne sur le Liban est beaucoup moins menacée qu’elle ne l’était jusqu’à cet attentat mais un peu d’Histoire pour mieux comprendre. Les frontières actuelles de la Syrie ont été arbitrairement dessinées, aux lendemains de la Première Guerre mondiale, par les deux grandes puissances de l’époque, la France et la Grande-Bretagne, qui se sont alors partagé les dépouilles de l’Empire ottoman. Ces frontières ne sont que le résultat d’une duperie des Britanniques qui avaient encouragé dans tout le Proche-Orient la révolte contre la colonisation ottomane en laissant miroiter la création d’un grand royaume arabe. La capitale devait en être Damas, le souverain, le chérif de la Mecque et ce royaume était supposé englober toute la région que les empires européens ont finalement découpé en Irak, Arabie saoudite, Jordanie, Palestine, Syrie et Liban. Quand le temps des indépendances fut venu, après la Seconde Guerre mondiale, cette ambition d’unité arabe, le panarabisme, a repris forme. Elle s’est longtemps cherchée dans les tentatives d’union entre ces Etats issus du colonialisme mais quand il fut clair qu’elle se heurtait aux intérêts des dirigeants en place, il en est resté une volonté syrienne d’absorber le Liban. La Syrie considère le Liban comme sien et lorsque les chrétiens libanais, marginalisés par l’alliance entre les réfugiés palestiniens et les plus pauvres des musulmans libanais ont fait appel à la protection de Damas, la Syrie a pris pied dans ce pays. Elle y est depuis 1976. Elle y exerce un protectorat de fait depuis 1991. Son armée y est présente. Ses services secrets y règnent en maîtres et cette annexion rampante avait pris de telles proportions qu’une opposition libanaise à la Syrie avait fini par émerger ces dernières années. La Syrie était lentement poussée dehors et l’absolue résistance qu’elle opposait à ce mouvement avait abouti, en septembre dernier, au vote d’une résolution du Conseil de sécurité appelant à la fin des ingérences étrangères. Soutenue par la France, la mère du Liban, et par les Etats-Unis qui reprochent à la Syrie de laisser transiter par son territoire les djihadistes qui affluent vers l’Irak, cette résolution avait encore enhardi l’opposition libanaise dont Rafic Hariri, ami personnel de Jacques Chirac et bien vu des Américains, allait prendre la tête. Si la Syrie avait voulu jouer son va-tout, elle n’aurait pas fait mieux. La France et l’Amérique sont en même temps défiées par un attentat dont les services syriens pouvaient difficilement ignorer qu’il se préparait.

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